Volare, cantare

« Nous sommes les canaris dans la mine de charbon ». C’est par cette citation d’un habitant de Lytton (Canada) que Marie-Adélaïde Scigacz commence son bel article sur les inondations en Europe. La journaliste se sert de cette image de l’oiseau détecteur (malgré lui) du grisou dans les mines pour poser un constat poétique, suite aux morts de la canicule au Canada, de la famine à Madagascar ou des inondations en Allemagne (liste non exhaustive…) qui font passer le réchauffement climatique de « menace pour les générations futures » à danger imminent :

« ça commence à faire beaucoup de canaris. »


Ça fait beaucoup de canaris et on continue de piaffer pour avoir des lendemains qui chantent parce qu’on n’aura pas trop le choix, de donner de la voix. Non pas en mode warrior eurovision full électricité, néons et gros amplis, non non, juste des a cappella soul dans des champs de coton bio, ou de patates picardes, ou du gospel à la bougie en équeutant des haricots verts. Faut juste trouver des gens pour chanter avec nous, se rassembler dans les salles communes, commencer à apprendre quelques paroles, pour se motiver.

Ça fait beaucoup de canaris. Décidément les micros piafs sont tendance, on passe doucettement du colibri au canari, entre la goutte d’eau transportée dans le bec pour contrer l’incendie et le vieux coup de grisou qui va enfin peut-être nous faire sortir de notre torpeur confortable.

Et c’est curieux de se rendre compte qu’il y a comme une petite joie malsaine de voir enfin le sujet à la une, des articles réalistes, avec des vrais morceaux de discours scientifiques dedans, une juste exposition de l’alarme, un changement inévitable de ton quand ce sont les évènements extrêmes qui le donnent, quand c’est la population qui y passe, quand ça touche fort et de près.


Avec toute la compassion qu’on peut éprouver à l’égard des très nombreuses victimes, malheureusement diffractée en nanoparticules selon la loi cynique du mort-kilomètre, c’est pas très beau d’être content quand y a des gens qui sont noyés. Mais cette légère satisfaction devant l’article à la une n’est peut-être pas si malsaine que ça, ça n’est jamais qu’une anticipation soulagée de la survie de davantage d’épargnés, dans la mesure où elle porte l’espoir, peut-être naïf, sûrement indispensable, d’une prise de conscience, enfin, pour limiter tout ce merdier. Une prise de conscience qu’on rêve d’envergure.


C’est quoi l’envergure d’un canari ? Il a fallu que je devienne maman pour apprendre dans un Youpi que contrairement à ce qu’on entend partout, les dinosaures n’ont pas disparu : les oiseaux sont des dinosaures. Ça devrait imposer un certain respect. On leur a pourtant fait grand mal en leur niquant les vers de terre, à l’époque où on décanillait les moucherons à coups de pare-brise témoins, quand on était obligé de fermer la bouche, au tomber de la nuit, pour faire du vélo.

Comme au reste, on leur a fait grand mal en répandant des trucs en -cide (herbicide, pesticide, insecticide, biocide, homicide, génocide), qu’on continue d’ailleurs de vendre allègrement pour nettoyer les chiottes et souiller nos fumiers. En oubliant que -cide, ça vient de caedere, qui signifie tuer, frère de cadere, qui signifie tomber.


Icare, avec sa technologie de pacotille, n’était pas un dino. Il est tombé, et il s’est tué. Mais les piafs, eux, sont toujours là. Même que là où on a un peu levé le pied sur les -cides, ils voient la vie en rose. Ils volètent, ils planent, les dinos, voire même ils gloussent. Nous on est là depuis une demi-seconde à l’échelle de l’univers, on s’en carre on fait les Icares. Quitte à tomber comme un canari dans sa cage quand ça commence à faire Houille.

Mais on est beaucoup de canaris, et notre cage, on la fabrique. Alors on se relève, comme des vieux dinos ? Et comme eux, on tâche de faire discrètes nos empreintes, en prenant de la hauteur et en redoublant de chants pour espérer traverser la météorite ?

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