Avec ou sans patate ?

Maintenant qu’une loi climat a été votée, on peut s’imaginer monsieur le président face aux 150 citoyens tirés au sort à qui il avait demandé de travailler sur une réduction des émissions des gaz à effet de serre de 40% d’ici 2030. En guise de bande-son pour accompagner une petite moue faussement désolée, un titre sorti en 1998 : « Je crois que ça va pas être possible, pas être… possible ».

Cela dit, foin du catastrophisme !

Ce titre qui parlait des portes fermées contenait déjà une clé, sorte de formule magique qui figurait en bonne place dans mon agenda de lycéenne pour m’avoir particulièrement mise en joie :
« Mais je lâcherai pas l’affaire, cousins cousines,
j’ai la patate à faire peur à la pile alcaline« 

La PATATE. On la tient, la soluce !

La patate est charnue, goûteuse, conquérante. Quand on souhaite diminuer sa consommation de viande, la patate est bien plus qu’une alliée : c’est une bénédiction.
Il n’y a pas de vidéo L214 pour pleurer le sort des patates. La patate n’a nul besoin d’être une transclasse pour faire partir du gratin.
La patate révèle la diversité de ses talents qu’elle soit à la vapeur, en salade (riches en prébiotiques, coucou la mamie de Giulia Enders), en soupe ou en « écrasé », pardon en purée.


Purée car oui, la patate est popu, la patate donne la frite sans vider le porte-monnaie, la patate vote LFI autant qu’EELV, la patate est nationale et républicaine, elle ne vient pas de Nouvelle-Zélande et vous remerciera de sa conservation en cave dans le noir (ce qui ne sera pas le cas de tout le monde), ce qui en fait un légume-féculent toujours de saison.

Et en plus oui, la patate (hors frites, mais bon les resto sont fermés…) est diétético-compatible.


La patate est très emballante mais très peu emballée, au mieux par sa seule peau qui a la bonne idée parfois de se manger, à moins que l’on préfère en nourrir les vers de terre. Et au pire par un filet, mais qui se transforme en éponge, pour peu qu’on ait un fil, une aiguille, deux minutes, voire même deux mains gauches.

Non, définitivement, je n’ai jamais été véritablement déçue par une patate.
Et ce n’est pas Nicolas Baldeck qui me contredira.

La patate est reine, personne ne veut s’en prendre une dans la tête. Pourtant, on se sent tous un peu patate, quand on se renvoie les patates chaudes, comme celle de Manu aux 150 citoyens qui l’ont maintenant entre les mains, vont bien devoir s’en dépêtrer et peuvent légitimement, comme les 15000 scientifiques de 2017 par ailleurs, en avoir gros sur la patate.

Mais depuis longtemps, armé d’un papier d’un crayon et de quelques données, c’est bien aussi grâce à des patates que des milliers de pédagogues expliquent à des millions d’apprenants un peu comment marche le monde, par exemple comme ça.

Alors, pour faire peur à la pile alcaline, par exemple ce dimanche 9 mai, cette ode à la patate vous aura-t-elle donné la pêche ?

C’est l’histoire d’une girafe qui a perdu ses tâches

Oh la la, patatras, où sont parties mes tâches, là ?
Elle appelle une colorieuse qui prend ses crayons
et qui colorie les tâches marrons
Gribouillis, gribouillas, des tâches en revoilà
Mais dès la première pluie, sapristi, les tâches sont reparties !
Elle téléphone à un peintre qui prend ses pinceaux
Qui met du marron dans un seau
Turluri, turlura, des tâches en revoilà
Mais dès la première pluie, ça suffit, les tâches sont reparties !
Malgré sa déconvenue
la girafe est retenue
par une idée inattendue
Elle attrape museau tendu
ses vieilles lunettes de vue :
les tâches sont revenues !

(improvisé lors d’un brossage de dents de fiston) (comptine ma copine)

Cigognes & Compagnie / Nicolas Stoller et Doug Sweetland

Film d’animation compatible gamin de 5 ans, même si on a davantage ri que lui, mais il était happé quand même.
Mes points négatifs :
– Bon grosso modo dans tout le film, si t’es une fille, tu fais un peu chier quand même, d’ailleurs une petite sœur c’est moins bien qu’un petit frère sauf si c’est une ninja, rajoutons à cela quelques variations drôles mais un poil urticantes autour du supposé instinct maternel, tout ça, pour bien faire passer le tradi en douceur.
– Les enfants sont par principe considérés comme des trucs cools (littéralement d’ailleurs : des trucs, et puis cools), avec la famille blabla comme composante essentielle blabla de l’épanouissement etc.
Mais bon on est un peu chez des cigognes, donc on pardonne.
– Un rythme endiablé.
Mes points positifs :
– Un rythme endiablé
– Plein d’inventions inattendues
– Des rebondissements farfelus
– Et quelques jolies trouvailles et de l’humour dans les dialogues.


Une petite parenthèse dans laquelle il serait dommage de bouder son plaisir.

L’arbre qui cache la forêt, ou de l’art d’allumer pour des fruits défendus

Faire glisser la zoé dans le silence de l’aurore sur une départementale à flanc de colline.

Pénétrer au détour d’un virage dans une brume qui s’avère être une fumée dense, derrière laquelle de drôles de soleils sont déjà levés : on dirait des débuts d’incendie.

Pour apaiser ma conscience citoyenne, dans ce petit matin déserté par l’humain, petit coup de fil au pompier, qui m’explique que les agriculteurs brûlent des bottes de pailles, tout ce qu’ils trouvent, pour réchauffer les arbres fruitiers trop tôt fructifiant, pour éviter le massacre du gel dans les récoltes. En effet, plus loin, je croise un verger impeccablement jalonné de torches : on a pu investir ici, croiser les doigts, planter des cierges. 

Un -3 clignote sur le cadran devant moi. Spectacle lunaire. Devoir réchauffer l’air parce que l’air se réchauffe et fait trop tôt pousser et les fleurs et les fruits, devoir réchauffer l’air dans la fuite en avant, CO2 mon amour pour qu’on puisse toujours avoir de quoi bouffer.

Il a l’air bien fragile, le temps des cerises, à dénicher tapi sous le grand incendie.

Climat teaser

– Hé, citoyen.ne !

– Oui ?

– Tu t’inquiètes, toi aussi, comme beaucoup, de ton espérance de vie ? Ou de celle de ta descendance, ou de celle de tes potes, par temps de pandémies, de conflits et de pénuries à venir, de catastrophes naturelles en mode exponentiel ? Tu te demandes comment on peut arrêter de rejeter et de stocker tout ce CO2 qui va nous retomber sur la gueule dans moins de temps qu’il t’a fallu pour te trouver une copine ? Tu commences à avoir de sérieux doutes sur le génie de la tech à nous sortir du caca, vu qu’on en est à se demander s’il faudrait pas stocker du PQ ?

– Oui, bien sûr, mais où tu veux en venir ?

– Mais j’ai la soluce, moi ! Une invention que même Pasteur il peut aller se rhabiller ! Une innovation vraiment révolutionnaire, un truc de fous ! D’ailleurs, je dois avouer que je suis pas sûre d’être la première à y avoir pensé, il me semble qu’il y a déjà quelques milliards d’humains qui pratiquent…

– Mais bien sûr… Et c’est quoi, ton plan ?

– Ben en fait, juste, les humains, ils montent pas.

– Comment ça ?

– Ben d’un côté, t’as les véhicules motorisés, les avions, les paquebots de croisière, tout ça.

– Et ?

– Et de l’autre t’as les gens, et juste, ils montent pas. Pareil avec les magasins, les sites de commerce en ligne, d’un côté, et de l’autre t’as les gens, et juste, ils rentrent pas. Mais c’est choisi, hein ! Ils ont l’info, ils voient le mur, et juste, ils y vont pas, quoi !

– C’est ça, ton innovation révolutionnaire ?

– Oui.

– Mais c’est complètement con, comme solution.

– Ah.

– Ben oui, parce que si on fait ça, il va y avoir toute l’économie qui se casse la gueule, et la santé, et la démocratie, et…

– Dis, sérieusement, ça serait pas déjà un tout petit peu le cas, là ?

– Mais… mais… et puis tu veux qu’ils aillent où, les gens ?

– Ah ben ça j’ai pas réponse à tout, hein ! Ils vont ailleurs, je sais pas, moi, à la pêche ! Enfin ils vont pas trouver bézef, mais bon, à la pêche aux infos, à la pêche aux idées… À la pêche aux rêves, peut-être même, à ce stade…

– Mais bien sûr… Et après ils les réalisent, tant qu’on y est ?

– … Ah ben tu vois ! Quand tu veux.

Fifi Groindacier


Les narines de nos chérubins ont ceci de formidable qu’elles ne contiennent qu’une quantité très limitées de mucosités afférentes aux microbes qui ne manquent pas de s’y répandre régulièrement, d’où leur inattaquable qualité de morveux.

Vu la taille desdits chérubins, quand les narines sont pleines, oreilles et bronches sont dans un proche voisinage qui leur est tout à fait préjudiciable, et il est conseillé de leur laver le nez suffisamment pour dégager les intrus avant que fiston ou fistonne ne se mette à siffler comme une bouilloire. Et mêmes les nez des grands gagnent à être correctement vidangés.

C’est préventif, curatif, palliatif, affirmatif, pas du tout nocif, bref, avec des if on mettrait la mer en dosettes.
Parce que comment cela se passe-t-il ? Le moins cher et le plus courant, c’est d’acheter des boites, généralement roses et bleues, avec 40 dosettes en plastiques dedans, qui, à raison de 2€ la boite, vous reviennent à 10€ le litre d’un liquide abusivement appelé sérum physiologique, mais je ne m’attarderai pas sur la sémantique.

Ce liquide, vous pouvez tranquillou vous en imprégner l’organisme sans que ça pique, puisque ses propriétés sont proches du sang ou des larmes, en la faisant courte. Et la dosette se glisse très bien dans tous les sacs, les boites sont en cartons, mais quand même, dans une poubelle, ça donne ça : (là je vais vous demander de faire un petite effort d’imagination pour vous représenter une poubelle noire toute garnie de petites dosettes transparentes, dont je vous certifie l’existence, mais comme j’ai ô combien procrastiné ce billet, j’ai été récemment parfaitement infoutue de remettre le clic dessus.)

Autre option, les pschitt d’eau de mer dans des emballages en plastique ou métal, qui font vite grimper le prix de l’eau de mer à 40€ le litre (!), de quoi se demander ce qu’on fiche de notre thune pour que ce genre de machin inonde monstrueusement les étagères de toutes nos pharmacies, pendant que d’aucuns se gargarisent du fait qu’on n’aurait pas les moyens d’accepter quelques réfugiés pour qui l’addition est souvent un peu trop salée, côté eau de mer, et coucou Cédric Herrou dont je recommande chaleureusement la lecture.

Après avoir vu notre empreinte dosettes, on s’est renseigné, et sur les conseils d’un ami dont on partage les tracas orl, on est passé au rhinohorn/neti. Encore du plastique, mais au moins on peut s’en resservir. Sauf que ça, c’est bien à partir de 2-3 ans, pour bébé on peut être créatifs (réutiliser les dosettes ou un récipient de pschitt, se trouver une poire même si c’est pas toujours super lavable, etc.)

Et pour ce qui est du serum de la solution physiologique, il n’y pas 36 recettes :

= 9g de sel pour 1 litre d’eau.

Basta.

= 4,5g de sel pour 1/2 litres, une mesurette pour un rhinohorn, bref…

= 9g de sel pour 1 litre d’eau.

Vous avez du sel ? Vous avez de l’eau ?

Bon ben voilà, vous avez du lavage à naseaux.

Peut-être va-t-on penser, baaaaaah, mais c’est même pas stériiiiiile, bouhhh !

Figurez-vous qu’à l’heure où on trouve encore un peu partout des gels ou des nettoyants antibactériens qui nous rendent certaines bactéries résistantes à tout, bien que naturellement sceptique devant l’aseptisation récurrente du monde, une chape d’hygiénisme et la pression sociale intériorisé du « oh mais quand même faut faire gaffe » m’a fait poser la question à ma généraliste, qui m’a répondu un « ben non vous inquiétez pas, le lavage de nez, ça n’a pas besoin d’être stérile. »

Et en effet, qui dans le coin stérilise matin midi et soir sa brosse à dent avant de se la coller entre les gencives ?

Y en a des qui se sont déjà amusé à stériliser leurs préservatifs ou feu leurs coton-tiges ?

Bref, toi qui passes par là, toi qui en as plein le pif, toi qui ne peux plus rien sentir, lave-toi le nez, pareil ça te change la vie, parce que souviens-toi, comme dirait Mickey, il faut que tu respires…

Pour ouvrir les Gates d’un avenir sans désastre, il suffirait de recalculer nos Bills !

La théorie de monsieur (ex-)Microsoft : moins ça sera cher, plus ça va se développer : crois aux Green Premium et aie confiance, mécréant d’effondriste !

Après Barack Obama chez Augustin Trapenard, la perspective de Bill Gates à la Terre au carré du lundi 22 février, chez Mathieu Vidard et Camille Crosnier, j’avoue que ça m’a mise en joie. Que le service public invite des influenceurs de cette trempe, même s’ils ont autant de rapport entre eux que la carpe et le lapin, c’est quand même un peu festival.

Et en guise de festival, j’ai été servie : dans le monde de Bill Gates, pour arracher quelques années dans la course contre les degrés, on mange des raisins en mars, des burgers à la viande artificielle, on continue à se faire griller des toasts, à brancher les climatiseurs, tout en évoquant l’hydrogène qui va nous permettre de transporter tout ça. Et on applaudit Amazon (coucou Vanguard Group et BlackRocks), Google (oh tiens recoucou Vanguard et BlackRocks !) et Macron pour leurs engagements formidables en faveur du climat.

Et tout ça devra bien sûr nous amener à être tous et toutes complètement zéro carbone, et ceci d’ici moins de 30 ans, s’il vous plait.

Ça m’a rappelé mon installation de Windows 10, à l’époque :

« Vous êtes XX ? »

« Non »

« Vous êtes XX ? »

« Non »

…[charge]…

…[charge]…

…[charge]…

« Bonjour XX ! »

« …………………, … _ _ _ … , …………………. . . . . »

J’avais déjà relevé ce petit souci de transmission entre les GAFAM et moi, entre autres.

Pour en revenir à aujourd’hui, toutes ces windows ouvertes sur d’hypothétiques innovations, ça risque de laisser passer un paquet de courants d’air, quand même, manquerait plus qu’on attrape des rhumes. Cela dit, entendre un homme aussi brillant, célèbre et friqué en train de faire des claquettes pile à côté de ses pompes, ça ouvre franchement un tas de perspectives sur nos capacités à tous.tes, pauvres primates. Entre la simple ambition de se lever le matin, lot d’un paquet de nos contemporain.es, et la sienne, on sent sourdre la puissance infinie, libératrice et parfaitement décomplexante de la marge.

J’avoue, contrairement à mon habitude, je n’ai pas lu et ne lirai pas le bouquin dont il est question et qui me semble avoir quelques « green flights » de retard.

Mais vu que je suis pourtant, moi aussi, en faveur de la mobilité, je vais faire œuvre de lutte contre la sédentarité, et vous inviter, après les claquettes de sapiens dominants peut-être un peu enivrés de leur toute puissance, à vous dérouiller les muscles en entendant chanter en chœur hasta los huevos, histoire de se rappeler qu’il y a moultes façons d’en avoir plein les bourses, mais que ça ne nous empêche pas de cultiver la joie !

Promised land / Gus Van Sant (2012)

Matt Damon joue ici le rôle du négociateur qui va tenter de convaincre des gens qui n’ont pas trop de moyen de péter à coups de fractures ouvertes leur petit bassin vivrier pour en laisser s’échapper un gigantesque prout de schiste. Sa collègue dans cette aventure, sur le tournage et dans le scénar, est un personnage très bien campé par Frances Louise McDormand.

L’immersion dans le quotidien de cette contrée américaine est tout aussi réussie que le twist quasi final, qui laisse un goût cacaoté, entre l’amertume des cynismes systémiques et le sublime de la possibilité à peine esquissée des résistances collectives.

Primaire / Hélène Angel (2016)

Si vous avez 1h45 devant vous, ou le nez bouché, ou envie de revenir à des émotions élémentaires, plongez donc dans la classe de Primaire de Sara Forestier C’est fou le bien que ça fait de sortir les mouchoirs lors d’une brève immersion dans cet univers trop peuplé pour moi, mais dont j’admire les enjeux, les fragilités et les inépuisables richesses.

D’autant plus qu’on ne s’y ennuie pas une seconde.

Puisque le pitch fait la part belle à une démission présentée comme simplement maternelle, on peut se demander pourquoi ces yeux braqués toujours sur cette maman qui manque à tous ses devoirs, mais ce film semble aussi, pour autant, résolument féministe, en invitant à la réflexion sur le positionnement de chacun et chacune dans sa vie, que ce soit en tant qu’enseignante, mère, bizarre figure paternelle*, assistante de vie scolaire, etc. et sur la place respective qu’ils veulent bien se donner dans la vie des autres.

* joué par Vincent Elbaz dont je viens d’apprécier la prestation dans Il a déjà tes yeux, et qui a décidément le chic pour dégoter des rôles formidables. Vincent Elbaz m’avait paru complètement caucasien dans ce film où les acteurs principaux sont noirs, et m’a semblé nettement plus bronzé dans Primaire. Plus qu’une question de maquillage (ou de lunettes ?), ça semble révélateur des biais de la perception qui bousculent la vague lubie que serait une identité personnelle.

Lubie qu’on peut (et c’est tant mieux) sans cesse remettre en question, comme l’a démontré joliment Leïla Slimani à la fin de Boomerang (à 30 mn 25).

Marketblaze (3) Envoyez l’addition

Parfois, la société de consommation rentre chez nous même si on n’a rien fait pour, c’est comme ça, nous sommes des animaux sociaux et partageurs.

Je parlerai donc des livres ardoises, qui permettent aux bambinos et bambinettes d’utiliser des feutres effaçables pour s’entrainer à tracer correctement les formes et puis les lettres, puisqu’il devient vite de notoriété publique pour la gent parentale que quand bambinette dessine des petites vagues, c’est pour mieux faire les O, et que quand bambino dessine des barreaux de fenêtres, c’est pour mieux faire les E.

Or ces feutres soi-disant effaçables ne le restent que tant qu’on n’oublie pas le machin trop longtemps dans un coin. Auquel cas il faut aller chercher un fond de dissolvant. Dans une fiole vaguement paumée parmi des restes de vernis épaissis, de ceux qu’on n’utilise plus guère que pour prévenir les filatures des derniers collants survivants, quand ces derniers ont été taquinés par un scratch et que l’accroc risque de s’étirer comme un aligot à la moindre génuflexion, à la différence près que ce qui signe la réussite de l’aligot signe ici la mort du collant.

Or qui dissolvant, dit solvant.

Vendre des « livres ardoises » pour l’apprentissage, ça fait un peu comme si on modernisait une bonne vieille recette, à l’efficacité pédagogique bourinée à coup de nostalgie rassurante de type ça a fait ses preuves.

Mais pour cela, on va donc écrire avec des colorants solvés sur des cartons plastifiés, parce que zut, on n’est plus à l’âge de la bougie de la craie, quand même, les feutres, c’est pas sale, il n’y a qu’à voir l’état des doigts de bambino après utilisation.

Or, quand on utilise une craie pour écrire sur de la véritable ardoise, on peut tout aussi bien rebalancer tout ça exactement d’où ça vient, on risque pas de se toper 68 € d’amende pour déchet sur voie publique, tout simplement parce qu’on verrait pas vraiment la différence entre avant et après.

Mais on a trouvé que c’était beaucoup plus cool de payer l’extraction, la transformation, la production, le marketing, l’acheminement et la commercialisation de ces jolis objets aussi coloriés que plastifiés, et de repayer derrière des impôts pour la gestion du déchet que ça a, en somme, toujours été, puisqu’on ne peut pas le jeter tel quel dans son jardin.

A croire qu’on aime ça, laisser des ardoises.

Si on considère que la bonne vieille pierre de toiture reconvertie en assiette hype pour quand on allait au resto, ça nous donne de l’urticaire et qu’on n’a pas bien envie de se rappeler que tout n’est que poussière, il existe une alternative révolutionnaire : ça a pour joli petit nom… Papier-crayon. Du bois, du graphite, et pareil, si vous balancez ça dans votre jardin, a priori ça devrait pas rester trente ans ni intoxiquer vos salades.

PS : Petit lexique des matériaux, n’hésitez pas à m’aider en commentaires :

Encre des feutres effaçable pour gamins : colorant X ? + solvant Y ?

Matière plastique du livre ardoise : polymère Z ?

Dissolvant : acétone -> cétone -> aldéhyde -> alcool à partir de ?

Collant : polyamide = réaction polyamine + polyacide = c’est comme les polymères des encres et des livres plastifiés, c’est chaud patate de deviner les matériaux originels quand on a Wikipédia + Le Petit Robert + un bac -2 en chimie.

Vernis : un brin de nitrocellulose (l’explosif dont on a 5000 tonnes à Toulouse), plastifiant(s), solvants, pigments, etc.

L’archet de Noah

Chi va piano va sano, mais c’est prestissimo,

Les cornes dans les brumes,

Qu’on ne sait par quel bout attraper le taureau,

Le marteau sur l’enclume ;

Quand l’avenir nous gratte, pisser dans un violon

Pour chercher l’harmonie

Parmi les requiem et la pire oraison

Sous les cuivres puissants de nos lobbytomies

Et pourtant nous pouvons, de partitions nouvelles,

Traire les mélodrames, braire des mélodies,

Balancer le pipeau par delà les buissons

Crever l’abcès de nos dissonances plurielles

Régénérer partout les instruments de vie

Et viser le pouvoir de réorchestration.

(La bande son : « Love of an orchestra », The First Days of Spring, Noah and the Whale, 2009)