La Fille de son père d’Anne Berest

Premier roman chez le Seuil, 2010. Lu rapidement et avec intérêt. Même si les personnages me furent globalement très antipathiques. Même si la plongée dans ce milieu ne fut jamais loin de me coller de l’urticaire, les déplacements dans tout Paris en voiture, les vêtements cacateux jetés à la poubelle sans autre forme de procès et la charlotte aux fraises prise chez le pâtissier qui fournit l’Élysée étant fort susceptibles de me rester sur l’estomac. Même si c’est écrit au présent mais qu’on a quand même envie de les envoyer se prendre un aller dans le passé, simple.

Mais la plume, sèche et froide à l’image de ma première impression, rattrape beaucoup de chose. Tout comme la construction, qui fait qu’on veut quand même savoir, alors, hein, finalement, ce qu’il advient de cette fratrie de filles, de cette adelphie, de cette sororie (make your choice lexical.)

Une piste de réflexion intéressante p. 117 : « Les pères qui n’ont que des filles, comme les mères qui n’ont que des fils, restent pour toujours des rois et des reines absolus. Quelque chose en eux résiste, qui ne se dissout pas dans la progéniture. »

Je doute du fondement scientifique de cette hypothèse genrée qui donne encore une fois un peu trop d’importance à la question, mais bizarrement, il y a comme de la poésie dans ces ressentis blasés. Le roman nous balade entre inachèvements, non-dits et fuites, pour qui souhaite se perdre dans le détricotage de la filiation.

Comment (bien) rater ses vacances d’Anne Percin

J’avais été bouleversée comme beaucoup par Le Premier été, d’Anne Percin, il y a presque dix ans. Le souvenir d’une émotion forte, d’une blessure totale, du tir direct et franc de la plume en plein cœur.

Je lis, bien a posteriori, ce premier tome pourtant antérieur des aventures de Maxime Mainard, gros succès de librairie en son temps (comme quoi, il y a une justice), et je me demande comment je n’ai pas encore tout dévoré de cette autrice. Une écriture vive, libre, cultivée, baignée d’un humour rebondissant au gré des paragraphes comme une balle de baby-foot. Un léger sourire, un léger flop, un léger sourire, et hop, BUT, une franche poilade sonore.

J’ai réservé le tome 2. Si je m’avise d’avoir l’audace de le lire dans le train ou le métro, nul doute que mes zygomatiques en feront la publicité.

La banque d’un monde qui devrait changer de banques

J’avais pas mal rigolé, il y a quelques mois (années ?), en voyant cette double page branchée ESS que s’était payé la BNP dans un gratuit du métro.
En retombant dessus, je me suis dit que quand même, sans vouloir paraitre entre aigrie clair et gris foncé, ça méritait un petit complément d’affichage. Quand même.

(Et un big up aux Wikipédien.ne.s ! Je suis surprise de ne pas voir de campagne bnp sur iboycott.org, si un.e connaisseur.se est sur le coup…)

Dia positivo, gracias al negativo

Prendre six mois dans la vue, retrouver une brise faible de mars sous le soleil de septembre. Ce minuscule épisode de toux qui s’invite pendant une réunion, la difficulté à la taire, un sentiment de déjà vu. Rentrer de l’école à pied, voir son fils courir un peu devant, se dire que là tout de suite, jamais de la vie on le rattrape. Les yeux qui piquent, un premier atchoum, ah oui c’est vrai, au début, il y avait bien un nez qui se remplit, des atchoums en série.

Se souvenir de ce premier épisode de Russian doll, cette série qui met en scène une trentenaire qui ne cesse de se réveiller au-dessus de la cuvette des chiottes, un peu comme l’humanité en ce moment, à croire. Se dire qu’on a encore de la marge, c’était la phase rigolote, l’atchoum- time. Les éternuements, ça m’a toujours semblé avoir un petit quelque chose de jouissif, de naïvement libératoire, quand il n’y a personne dans les parages proches.

Mais c’était un peu concomitant avec ce goût métallique venu tapisser le lit de la gorge, une sorte de tapis spartiate avertisseur, avant que la rhinite ne transforme ce repère en gorges du Tarn ou de l’Aveyron, avant que les inondations des mouchoirs et des suées ne côtoient l’aridité des 40°, pics de chaleurs quotidiens, yoyo du thermomètre, et ce mal à la tête, comme si l’univers venait se condenser dans chacun de nos crânes, nous dire tu m’entends, tu la sens bien là ta fragilité de T’es rien, en tout cas pas grand chose, et je peux t’essorer te rincer te vider, je fais ce que je veux avec mes longs fils noirs qui te cassent les pattes et s’insinuent partout dans l’enchevêtrement de tes intercostaux qui ne le sont plus guère et qui de guerre se lassent, d’ailleurs, à demander pardon s’il vous plait et merci.


Mais dans mon cas bien de la chance, souvenirs que tout cela. Juste une ébauche d’un retour. Une confiance dans les capacités d’apprentissages de mes globules.
En attendant que le pire arrive même s’il n’est jamais certain, à l’idée de revivre ça je sens mon cœur faire le Jacques comme dirait Saint-Thomas, et pour conjurer le sort démoniaque je croque des morceaux de pommes, en leur adressant comme des prières à la lune, premier quartier, dernier quartier, « une pomme tous les matins éloigne les médecins », comme dit le refrain.

Mais qu’en est-il du quartier de 14h ? De celui de 18h ? Est-ce qu’une « pomme tous les matins » ne mériterai(en)t pas un petit pluriel, derrière ? Il n’y aurait qu’un seul matin du monde ? Appartient-t-il à celleux qui se lèvent trop ? Et de quoi serions-nous à l’aube ?

Demain je retourne dans le monde. En appliquant toujours autant les gestes d’Alain, puisqu’ils sont si jolis et qu’on ne peut les oublier.