Mission 2 : Mais où sont donc encore partis les vers de terre ?

Ça serait un roman totalement fantasyste, où l’on suivrait Trapèze le lutin, une écureuille volante en plus d’être géante, un bébé chenille à moustaches, magicien, pas si bébé que ça, et une sacrée vache. Entre autres, parce qu’il y a aussi une redingote, des piafs, des champignonnets, et tout un tas de trucs colorés à qui il arrive tout un tas de trucs colorés aussi.

Il y a de l’action, de l’humour, de l’amitié, des dialogues, et des cumulonimbus.

Ça fait dans les 30 000 mots. Comme ç’a été écrit dans le cadre du Nanowrimo (= profitons de novembre où il fait moche et froid pour pousser le masochisme à mal manger, mal dormir, et écrire 50 000 mots dans le mois), on pourrait dire que c’est un échec.

Sauf que comme 30 000 mots c’est quand même beaucoup plus que rien, en fait non, on va pas dire ça.

Le hic : je ne suis plus tout à fait persuadée d’avoir écrit la fin.

Incipit :

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Elle nous suit, nous précède et sans fin nous salue

Doux soutien, douce mère elle avance avec nous quand on oublie nos pas

Jamais ne se défile et toujours se faufile entre deux cheminées

Lever les yeux au ciel parce que c’est incroyable

Lever les yeux au ciel parce que c’est si absurde

Et puis lever aussi les yeux pour la chercher

Pour, avec elle, apprendre à nouveau à marcher.

Jamais ne nous aveugle et toujours nous attire

Nous autres, naufragés aux rives de nos rêves

Nous voulons sa marée, ne plus être amarrés et rejoindre les flots

La lune est objectif et on marche dessus et on marche dessous

Et sens dessus-dessous

Nous jetons à l’envers

Nos yeux fascinés vers

La lune, seul endroit

Où tout est à l’endroit.

Mission 1 : le Royaume des timides

Ça serait un roman pour donner la parole à celles et ceux qui oublient un peu de la prendre.

Exploration à travers le quotidien de quatre trentenaires des béances entre la parole et la pensée, entre sa pensée et celle de l’autre, entre la parole et l’action, entre les actions et les souhaits…

Pour l’instant ça fait dans les 32 000 mots, ce qui est suffisant, de nombreux romans sont plus brefs.

Il me manque juste un très léger détail : l’histoire. Je ne sais pas où ni comment je l’ai fichue, elle m’a échappé, impossible de mettre la main dessus.

Extrait :

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La Théorie du panda de Pascal Garnier

Gabriel débarque dans une petite ville inconnue, et tape l’incruste dans la vie desdits inconnus en leur faisant la bouffe, comme ça, pof. Les gens en sont tout contents, ils ont l’air de le kiffer, leur Gabriel. Nous aussi, on aimerait bien.

Coup de cœur de gastronome pour cette écriture fine, drôle, sensible. Qui tranche avec précision la chair de la vie, la saisit, la retourne, la fait mijoter. On se régale à la table de Pascal et de Gabriel, on savoure, quels que soient les personnages-ingrédients. On se doute que ça risque de partir en queue de poisson, de sentir le roussi, tout ça. Pour une vague histoire de chatons et d’éther, notamment.

J’ai terminé ce bijou sur le sentiment d’une incohérence, sur une déception égoïste (« tout ça pour ça ? ») bêtement liée à mon souhait d’une autre fin. Mais un bon auteur est-il là pour caresser le panda dans le sens du poil ?

Réveil

Il va bientôt se lever. Il a beaucoup de mal. Il se demande pourquoi. Pourquoi autant de mal, mais aussi pourquoi d’ailleurs se lever. Il aimerait rentrer sa tête sous son oreiller, saisir et caresser la brume matinale qui entoure ses neurones au réveil, parce que c’est peut-être la seule chose qu’il a à caresser. Ce flou, cette torpeur, ce moment où l’âpreté de la lucidité ne lui est pas encore revenue, il en profite, il les savoure. Quand tout s’éclaircit, paradoxalement, tout s’assombrit. Une journée à passer au scalpel de son cerveau. D’analyse, de réflexion, à multiplier les pas pour mieux les retenir. Une journée de décisions mûries au profit d’actions pourries, une journée à laisser faner ses rêves ratatinés à la lumière crue des néons du bureau, parce qu’il y a des stores et des garde-fous aux fenêtres pour empêcher le soleil de tomber.
Une intuition, soudain, en voyant sa vieille chaine qui lui sert de radio-réveil. Il n’a pas cédé à la facilité du téléphone de chevet. Il sort un vieux disque gravé d’une pochette improbablement posée là. Une sorte de techno-dance, période makina. Il a appris bien plus tard qu’on avait associé cette musique aux jeunes néonazis, à l’époque. L’impression contrariante d’avoir été sali par cet amalgame. Parce qu’il dansait là-dessus, presque tous les samedis soirs, il y a quoi, dix ans, vingt ans ?

Il est à peine huit heure du matin, pourtant il glisse le disque dans le lecteur, monte le volume. Il se réjouit de sa maison bien insonorisée. Il se rappelle qu’il avait une copine à l’époque, il n’a aucune idée de ce qu’elle est devenue. Il est encore en t-shirt et caleçon, au milieu de son salon, il essaie de se débarrasser de sa retenue pour bouger un bras, une jambe. Il se sent ridicule, empoté, en dehors du tempo. Il ne retrouve pas ses gestes d’antan, il se console avec des étirements, quelques pompes, mais ça lui donne presque envie de pleurer. Pourtant, le son de ses jeunes années est là, intact, et se déplie, s’installe, l’entraîne, autoroute fragile vers ses rêves d’alors. Il est le même, il le sait, pourtant. Il ferme les yeux pour mieux retrouver le gars désinhibé de l’époque. Il ferme les rideaux, la lumière. Il secoue la tête, il parvient un peu à laisser cette musique reprendre possession de son corps. Oh, pas longtemps, à peine quelques secondes, à peine. Mais ça suffit à lui arracher un sourire.

Il rouvre les rideaux, part se préparer un petit-déjeuner. Oui, il est le même. Il a juste subi de nombreuses mises à jour. Il ne lui reste plus qu’à choisir les fonctionnalités qu’il souhaite garder. Il se remet à réfléchir, à analyser, à décider. Il pense à un collègue de bureau, un peu fatigué, mais toujours partant. Il lui demandera s’il veut sortir en boite, samedi prochain. Il fera ça à la pause café. D’ailleurs, peut-être que cette fois, ils iront prendre leur café au soleil.