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L’arbre qui cache la forêt

Faire glisser la zoé dans le silence de l’aurore sur une départementale à flanc de colline.

Pénétrer au détour d’un virage dans une brume qui s’avère être une fumée dense, derrière laquelle de drôles de soleils sont déjà levés : on dirait des débuts d’incendie.

Pour apaiser ma conscience citoyenne, dans ce petit matin déserté par l’humain, petit coup de fil au pompier, qui m’explique que les agriculteurs brûlent des bottes de pailles, tout ce qu’ils trouvent, pour réchauffer les arbres fruitiers trop tôt fructifiant, pour éviter le massacre du gel dans les récoltes. En effet, plus loin, je croise un verger impeccablement jalonné de torches : on a pu investir ici, croiser les doigts, planter des cierges. 

Un -3 clignote sur le cadran devant moi. Spectacle lunaire. Devoir réchauffer l’air parce que l’air se réchauffe et fait trop tôt pousser et les fleurs et les fruits, devoir réchauffer l’air dans la fuite en avant, CO2 mon amour pour qu’on puisse toujours avoir de quoi bouffer.

Il a l’air bien fragile, le temps des cerises, à dénicher tapi sous le grand incendie.

Climat teaser

– Hé, citoyen.ne !

– Oui ?

– Tu t’inquiètes, toi aussi, comme beaucoup, de ton espérance de vie ? Ou de celle de ta descendance, ou de celle de tes potes, par temps de pandémies, de conflits et de pénuries à venir, de catastrophes naturelles en mode exponentiel ? Tu te demandes comment on peut arrêter de rejeter et de stocker tout ce CO2 qui va nous retomber sur la gueule dans moins de temps qu’il t’a fallu pour te trouver une copine ? Tu commences à avoir de sérieux doutes sur le génie de la tech à nous sortir du caca, vu qu’on en est à se demander s’il faudrait pas stocker du PQ ?

– Oui, bien sûr, mais où tu veux en venir ?

– Mais j’ai la soluce, moi ! Une invention que même Pasteur il peut aller se rhabiller ! Une innovation vraiment révolutionnaire, un truc de fous ! D’ailleurs, je dois avouer que je suis pas sûre d’être la première à y avoir pensé, il me semble qu’il y a déjà quelques milliards d’humains qui pratiquent…

– Mais bien sûr… Et c’est quoi, ton plan ?

– Ben en fait, juste, les humains, ils montent pas.

– Comment ça ?

– Ben d’un côté, t’as les véhicules motorisés, les avions, les paquebots de croisière, tout ça.

– Et ?

– Et de l’autre t’as les gens, et juste, ils montent pas. Pareil avec les magasins, les sites de commerce en ligne, d’un côté, et de l’autre t’as les gens, et juste, ils rentrent pas. Mais c’est choisi, hein ! Ils ont l’info, ils voient le mur, et juste, ils y vont pas, quoi.

– C’est ça, ton innovation révolutionnaire ?

– Oui.

– Mais c’est complètement con, comme solution !

– Ah.

– Ben oui, parce que si on fait ça, ya toute l’économie qui se casse la gueule, et la santé, et la démocratie !

– Dis, sérieusement, ça serait pas déjà un tout petit peu le cas, là ?

– Mais… mais… et puis tu veux qu’ils aillent où, les gens ?

– Ah ben ça j’ai pas réponse à tout, hein ! Ils vont ailleurs, je sais pas, moi, à la pêche ! Enfin ils vont pas trouver bézef, mais bon, à la pêche aux infos, à la pêche aux idées… À la pêche aux rêves, peut-être même, à ce stade…

– Oui bien sûr, et après ils les réalisent, tant qu’on y est ?

– … Ah ben tu vois, quand tu veux.

Fifi Groindacier


Les narines de nos chérubins ont ceci de formidable qu’elles ne contiennent qu’une quantité très limitées de mucosités afférentes aux microbes qui ne manquent pas de s’y répandre régulièrement, d’où leur inattaquable qualité de morveux.

Vu la taille desdits chérubins, quand les narines sont pleines, oreilles et bronches sont dans un proche voisinage qui leur est tout à fait préjudiciable, et il est conseillé de leur laver le nez suffisamment pour dégager les intrus avant que fiston ou fistonne ne se mette à siffler comme une bouilloire. Et mêmes les nez des grands gagnent à être correctement vidangés.

C’est préventif, curatif, palliatif, affirmatif, pas du tout nocif, bref, avec des if on mettrait la mer en dosettes.
Parce que comment cela se passe-t-il ? Le moins cher et le plus courant, c’est d’acheter des boites, généralement roses et bleues, avec 40 dosettes en plastiques dedans, qui, à raison de 2€ la boite, vous reviennent à 10€ le litre d’un liquide abusivement appelé sérum physiologique, mais je ne m’attarderai pas sur la sémantique.

Ce liquide, vous pouvez tranquillou vous en imprégner l’organisme sans que ça pique, puisque ses propriétés sont proches du sang ou des larmes, en la faisant courte. Et la dosette se glisse très bien dans tous les sacs, les boites sont en cartons, mais quand même, dans une poubelle, ça donne ça : (là je vais vous demander de faire un petite effort d’imagination pour vous représenter une poubelle noire toute garnie de petites dosettes transparentes, dont je vous certifie l’existence, mais comme j’ai ô combien procrastiné ce billet, j’ai été récemment parfaitement infoutue de remettre le clic dessus.)

Autre option, les pschitt d’eau de mer dans des emballages en plastique ou métal, qui font vite grimper le prix de l’eau de mer à 40€ le litre (!), de quoi se demander ce qu’on fiche de notre thune pour que ce genre de machin inonde monstrueusement les étagères de toutes nos pharmacies, pendant que d’aucuns se gargarisent du fait qu’on n’aurait pas les moyens d’accepter quelques réfugiés pour qui l’addition est souvent un peu trop salée, côté eau de mer, et coucou Cédric Herrou dont je recommande chaleureusement la lecture.

Après avoir vu notre empreinte dosettes, on s’est renseigné, et sur les conseils d’un ami dont on partage les tracas orl, on est passé au rhinohorn/neti. Encore du plastique, mais au moins on peut s’en resservir. Sauf que ça, c’est bien à partir de 2-3 ans, pour bébé on peut être créatifs (réutiliser les dosettes ou un récipient de pschitt, se trouver une poire même si c’est pas toujours super lavable, etc.)

Et pour ce qui est du serum de la solution physiologique, il n’y pas 36 recettes :

= 9g de sel pour 1 litre d’eau.

Basta.

= 4,5g de sel pour 1/2 litres, une mesurette pour un rhinohorn, bref…

= 9g de sel pour 1 litre d’eau.

Vous avez du sel ? Vous avez de l’eau ?

Bon ben voilà, vous avez du lavage à naseaux.

Peut-être va-t-on penser, baaaaaah, mais c’est même pas stériiiiiile, bouhhh !

Figurez-vous qu’à l’heure où on trouve encore un peu partout des gels ou des nettoyants antibactériens qui nous rendent certaines bactéries résistantes à tout, bien que naturellement sceptique devant l’aseptisation récurrente du monde, une chape d’hygiénisme et la pression sociale intériorisé du « oh mais quand même faut faire gaffe » m’a fait poser la question à ma généraliste, qui m’a répondu un « ben non vous inquiétez pas, le lavage de nez, ça n’a pas besoin d’être stérile. »

Et en effet, qui dans le coin stérilise matin midi et soir sa brosse à dent avant de se la coller entre les gencives ?

Y en a des qui se sont déjà amusé à stériliser leurs préservatifs ou feu leurs coton-tiges ?

Bref, toi qui passes par là, toi qui en as plein le pif, toi qui ne peux plus rien sentir, lave-toi le nez, pareil ça te change la vie, parce que souviens-toi, comme dirait Mickey, il faut que tu respires…

Pour ouvrir les Gates d’un avenir sans désastre, il suffirait de recalculer nos Bills !

La théorie de monsieur (ex-)Microsoft : moins ça sera cher, plus ça va se développer : crois aux Green Premium et aie confiance, mécréant d’effondriste !

Après Barack Obama chez Augustin Trapenard, la perspective de Bill Gates à la Terre au carré du lundi 22 février, chez Mathieu Vidard et Camille Crosnier, j’avoue que ça m’a mise en joie. Que le service public invite des influenceurs de cette trempe, même s’ils ont autant de rapport entre eux que la carpe et le lapin, c’est quand même un peu festival.

Et en guise de festival, j’ai été servie : dans le monde de Bill Gates, pour arracher quelques années dans la course contre les degrés, on mange des raisins en mars, des burgers à la viande artificielle, on continue à se faire griller des toasts, à brancher les climatiseurs, tout en évoquant l’hydrogène qui va nous permettre de transporter tout ça. Et on applaudit Amazon (coucou Vanguard Group et BlackRocks), Google (oh tiens recoucou Vanguard et BlackRocks !) et Macron pour leurs engagements formidables en faveur du climat.

Et tout ça devra bien sûr nous amener à être tous et toutes complètement zéro carbone, et ceci d’ici moins de 30 ans, s’il vous plait.

Ça m’a rappelé mon installation de Windows 10, à l’époque :

« Vous êtes XX ? »

« Non »

« Vous êtes XX ? »

« Non »

…[charge]…

…[charge]…

…[charge]…

« Bonjour XX ! »

« …………………, … _ _ _ … , …………………. . . . . »

J’avais déjà relevé ce petit souci de transmission entre les GAFAM et moi, entre autres.

Pour en revenir à aujourd’hui, toutes ces windows ouvertes sur d’hypothétiques innovations, ça risque de laisser passer un paquet de courants d’air, quand même, manquerait plus qu’on attrape des rhumes. Cela dit, entendre un homme aussi brillant, célèbre et friqué en train de faire des claquettes pile à côté de ses pompes, ça ouvre franchement un tas de perspectives sur nos capacités à tous.tes, pauvres primates. Entre la simple ambition de se lever le matin, lot d’un paquet de nos contemporain.es, et la sienne, on sent sourdre la puissance infinie, libératrice et parfaitement décomplexante de la marge.

J’avoue, contrairement à mon habitude, je n’ai pas lu et ne lirai pas le bouquin dont il est question et qui me semble avoir quelques « green flights » de retard.

Mais vu que je suis pourtant, moi aussi, en faveur de la mobilité, je vais faire œuvre de lutte contre la sédentarité, et vous inviter, après les claquettes de sapiens dominants peut-être un peu enivrés de leur toute puissance, à vous dérouiller les muscles en entendant chanter en chœur hasta los huevos, histoire de se rappeler qu’il y a moultes façons d’en avoir plein les bourses, mais que ça ne nous empêche pas de cultiver la joie !

Promised land / Gus Van Sant (2012)

Matt Damon joue ici le rôle du négociateur qui va tenter de convaincre des gens qui n’ont pas trop de moyen de péter à coups de fractures ouvertes leur petit bassin vivrier pour en laisser s’échapper un gigantesque prout de schiste. Sa collègue dans cette aventure, sur le tournage et dans le scénar, est un personnage très bien campé par Frances Louise McDormand.

L’immersion dans le quotidien de cette contrée américaine est tout aussi réussie que le twist quasi final, qui laisse un goût cacaoté, entre l’amertume des cynismes systémiques et le sublime de la possibilité à peine esquissée des résistances collectives.

Primaire / Hélène Angel (2016)

Si vous avez 1h45 devant vous, ou le nez bouché, ou envie de revenir à des émotions élémentaires, plongez donc dans la classe de Primaire de Sara Forestier C’est fou le bien que ça fait de sortir les mouchoirs lors d’une brève immersion dans cet univers trop peuplé pour moi, mais dont j’admire les enjeux, les fragilités et les inépuisables richesses.

D’autant plus qu’on ne s’y ennuie pas une seconde.

Puisque le pitch fait la part belle à une démission présentée comme simplement maternelle, on peut se demander pourquoi ces yeux braqués toujours sur cette maman qui manque à tous ses devoirs, mais ce film semble aussi, pour autant, résolument féministe, en invitant à la réflexion sur le positionnement de chacun et chacune dans sa vie, que ce soit en tant qu’enseignante, mère, bizarre figure paternelle*, assistante de vie scolaire, etc. et sur la place respective qu’ils veulent bien se donner dans la vie des autres.

* joué par Vincent Elbaz dont je viens d’apprécier la prestation dans Il a déjà tes yeux, et qui a décidément le chic pour dégoter des rôles formidables. Vincent Elbaz m’avait paru complètement caucasien dans ce film où les acteurs principaux sont noirs, et m’a semblé nettement plus bronzé dans Primaire. Plus qu’une question de maquillage (ou de lunettes ?), ça semble révélateur des biais de la perception qui bousculent la vague lubie que serait une identité personnelle.

Lubie qu’on peut (et c’est tant mieux) sans cesse remettre en question, comme l’a démontré joliment Leïla Slimani à la fin de Boomerang (à 30 mn 25).

Marketblaze (3) Envoyez l’addition

Parfois, la société de consommation rentre chez nous même si on n’a rien fait pour, c’est comme ça, nous sommes des animaux sociaux et partageurs.

Je parlerai donc des livres ardoises, qui permettent aux bambinos et bambinettes d’utiliser des feutres effaçables pour s’entrainer à tracer correctement les formes et puis les lettres, puisqu’il devient vite de notoriété publique pour la gent parentale que quand bambinette dessine des petites vagues, c’est pour mieux faire les O, et que quand bambino dessine des barreaux de fenêtres, c’est pour mieux faire les E.

Or ces feutres soi-disant effaçables ne le restent que tant qu’on n’oublie pas le machin trop longtemps dans un coin. Auquel cas il faut aller chercher un fond de dissolvant. Dans une fiole vaguement paumée parmi des restes de vernis épaissis, de ceux qu’on n’utilise plus guère que pour prévenir les filatures des derniers collants survivants, quand ces derniers ont été taquinés par un scratch et que l’accroc risque de s’étirer comme un aligot à la moindre génuflexion, à la différence près que ce qui signe la réussite de l’aligot signe ici la mort du collant.

Or qui dissolvant, dit solvant.

Vendre des « livres ardoises » pour l’apprentissage, ça fait un peu comme si on modernisait une bonne vieille recette, à l’efficacité pédagogique bourinée à coup de nostalgie rassurante de type ça a fait ses preuves.

Mais pour cela, on va donc écrire avec des colorants solvés sur des cartons plastifiés, parce que zut, on n’est plus à l’âge de la bougie de la craie, quand même, les feutres, c’est pas sale, il n’y a qu’à voir l’état des doigts de bambino après utilisation.

Or, quand on utilise une craie pour écrire sur de la véritable ardoise, on peut tout aussi bien rebalancer tout ça exactement d’où ça vient, on risque pas de se toper 68 € d’amende pour déchet sur voie publique, tout simplement parce qu’on verrait pas vraiment la différence entre avant et après.

Mais on a trouvé que c’était beaucoup plus cool de payer l’extraction, la transformation, la production, le marketing, l’acheminement et la commercialisation de ces jolis objets aussi coloriés que plastifiés, et de repayer derrière des impôts pour la gestion du déchet que ça a, en somme, toujours été, puisqu’on ne peut pas le jeter tel quel dans son jardin.

A croire qu’on aime ça, laisser des ardoises.

Si on considère que la bonne vieille pierre de toiture reconvertie en assiette hype pour quand on allait au resto, ça nous donne de l’urticaire et qu’on n’a pas bien envie de se rappeler que tout n’est que poussière, il existe une alternative révolutionnaire : ça a pour joli petit nom… Papier-crayon. Du bois, du graphite, et pareil, si vous balancez ça dans votre jardin, a priori ça devrait pas rester trente ans ni intoxiquer vos salades.

PS : Petit lexique des matériaux, n’hésitez pas à m’aider en commentaires :

Encre des feutres effaçable pour gamins : colorant X ? + solvant Y ?

Matière plastique du livre ardoise : polymère Z ?

Dissolvant : acétone -> cétone -> aldéhyde -> alcool à partir de ?

Collant : polyamide = réaction polyamine + polyacide = c’est comme les polymères des encres et des livres plastifiés, c’est chaud patate de deviner les matériaux originels quand on a Wikipédia + Le Petit Robert + un bac -2 en chimie.

Vernis : un brin de nitrocellulose (l’explosif dont on a 5000 tonnes à Toulouse), plastifiant(s), solvants, pigments, etc.

L’archet de Noah

Chi va piano va sano, mais c’est prestissimo,

Les cornes dans les brumes,

Qu’on ne sait par quel bout attraper le taureau,

Le marteau sur l’enclume ;

Quand l’avenir nous gratte, pisser dans un violon

Pour chercher l’harmonie

Parmi les requiem et la pire oraison

Sous les cuivres puissants de nos lobbytomies

Et pourtant nous pouvons, de partitions nouvelles,

Traire les mélodrames, braire des mélodies,

Balancer le pipeau par delà les buissons

Crever l’abcès de nos dissonances plurielles

Régénérer partout les instruments de vie

Et viser le pouvoir de réorchestration.

(La bande son : « Love of an orchestra », The First Days of Spring, Noah and the Whale, 2009)

« Everything you want is on the other side of fear »

Frightened afraid effrayé, se frayer un chemin à travers la frousse froide, l’effroi en devient chaud, c’est chaud d’avoir les foies, la peur ne nous fait pas « Peuh! » mais tout un tas de « Bouh! »

et puis ça bout ça bout on n’en voit pas le bout, on se fait de la bile, on a la bile en tête on fonce forcenés vers le miroir aux alouettes qui s’entête à chanter que je te plumerai.

On est frigorifiés, frappés par la terreur on se retrouve à terre, à taire nos aigreurs les veilles de nos guerres, de tous les jours, Hardi, Allons, Majusculisons-Nous, plantons-là nos boucliers et dressons fiers nos Cous, il en va de la foi au-dessus de la foire, il en va de la vie au-delà de nos vices, l’action sur le chemin bientôt des sacrifices nous consolera mieux que tous les artifices…

(vieux proème recuisiné à la sauce 2021)

Le monde est petit, qu’on a dit

Il a fallu atteindre un certain nombre de piges pour que je percute un truc pourtant assez central : les représentations cartographiées du monde que j’ai sous les yeux depuis gamine ont beau avoir une échelle, ce ne sont jamais que des projections privées, ce qui constitue d’ailleurs une super transition avec le post précédent.

Je me suis donc découverte, au lieu d’aller dormir, en train de mesurer les millimètres qui séparent les extrémités de la Grande-Bretagne (955 km, 15 mm) et de Madagascar (1600 km… 15 mm) sur un grand agenda qui avait le malheur de trainer par là et qui a trouvé en cela une utilité qu’il ne soupçonnait plus.

J’ai ensuite bien lu partout que notre inévitable carte du 16ème de Geert Mercator était quand même super pratique pour la navigation – si quelqu’un.e a le courage de s’attaquer à la page planisphère ébauchée sur Wikipédia…-, même si dans notre monde satellisé j’ai de forts doutes sur la pertinence de son utilisation par les Vendée Globe trotteurs de tout pavillon.

Je découvre donc (comme Colomb a « découvert » les Amériques, lol) que nous vivons encore au milieu de représentations du 16ème siècle alors qu’on a fait un poil mieux depuis.

Apprendre le monde avec la projection de Fuller, par exemple, ça serait quand même, en plus de moins le déformer, le monde, autrement plus rigolo !

Tout comme le parcours de ce Fuller, qui a d’ailleurs été le premier en 1940 à utiliser la notion d’esclave énergétique que j’ai découverte récemment via JMJ, ce qui justifie mon sentiment que le monde est petit.

Il était déjà bien conscient déjà des limites de notre ballon rond dans lequel on (se) shoote à tout va, ce Fuller.

Et à propos de ballon rond mais pas que, puisque c’est la projection de Peters en couverture intérieure de son bouquin qui est à l’origine de ces réflexions du soir : merci Lilian Thuram !

(Et parce que c’est beau : « Je vis sur la Terre à l’heure actuelle, et je ne sais pas ce que je suis, je sais que je ne suis pas une catégorie, je ne suis pas une chose, un nom… Il me semble être un verbe, un processus évolutif ; une fonction intégrale de l’univers. » Richard Buckminster Fuller)

Projection privée

Tu vois je t’aime un peu comme on ferme les yeux face au soleil brûlant
Un peu à reculons et toujours à tâtons, je goûte mon présent
Je le domine bien, je le tiens dans la main, à quoi bon l’avenir ?
Je le vois incertain, il est mieux, c’est certain, à quoi bon y courir ?
Je marche l’œil fermé pas pressée d’arriver si je sais qu’il existe
L’avenir, ou bien lui, dans les deux cas, ça luit dans mes rêves autistes
Je resterai fichée dans mes joies affichées de liberté sur pattes
Il en faudra du vent pour m’arracher, vraiment, un joli coup de latte,
Un éclair, du génie, que sais-je ou que nenni, je me plante peut-être
Suis-je un chêne un roseau un vilain p’tit oiseau sur la branche d’un hêtre?
J’aime trop tout, trop peu et je rouvre les yeux je me plais dans la lune
Et ce halo brumeux ce concert silencieux sont toute ma fortune
Ainsi nul ne me nuit j’arpenterai mes nuits toujours à l’abordage
De ces joyaux passants que sont ces doux instants où tout devient mirage.

Poème du 16 mai 2008, une époque où il était easy de déambuler de nuit dans les rues de Paris. J’aime toujours son adresse à personne en particulier ou à la vie en général, et sa musique douce-amère des fiertés solitaires qui ne se drapent jamais mieux que dans leur fuite.

Oh ! Hé ! Hein ! Bon !

Ce vendredi 11 décembre, comme de temps en temps, j’ai écouté la fin des Matins en allant au turbin.

Mais j’ai senti des chroniqueurs qui avaient gardé quelques traces de l’oreiller à une heure de grande écoute, quand même.

D’un côté, Hervé Gardette, posé pourtant en chantre quotidien de la transition écologique, qui nous ressort le couplet des 3-4 degrés en 2100, avec cette phrase formidable de cécité sur les dérèglements en cours :  » Vous qui nous écoutez ce matin, vous ne serez pas très nombreux à être en mesure de vérifier, en 2100, si les prévisions de 2020 étaient un peu trop ou pas assez alarmistes. » Le fils du couple emporté par la crue de la Vésubie dans les Alpes-Maritimes (pour ne pas parler des millions de réfugiés climatiques…) devrait apprécier.

Si l’on ne veut pas s’arrêter sur des cas particuliers, il suffit pourtant de regarder le site de Météo France, qu’on peut difficilement taxer d’être un repère de rebelles-anarco-catastrophistes, pour arrêter une bonne fois pour toutes de parler au futur.

Et on n’est pas obligé d’avoir lu Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie (qui a grosso modo le même âge que la Cop 21) pour en avoir au moins vu passer le titre quand on s’occupe de ces questions.

Tandis que je constatais donc avec une pincée d’effroi qu’Hervé Gardette ne s’était toujours pas réveillé, de l’autre côté, sur un autre plan, nous avions une Géraldine Mosna-Savoye qui regrettait presque de dormir, se disant que « si on n’a plus aucun intérêt ni plaisir à rester éveillé, alors la nuit n’existe plus du tout, ou seulement parce qu’elle disparaît, parce qu’on n’en fait rien, parce qu’on n’y fait que dormir.« 

Apparemment la philosophe, au romantisme certes légitime sur les attraits de la vie nocturne, a oublié que la diminution continue de nos heures de sommeil est un vrai problème de santé publique et que dormir la nuit n’est pas franchement synonyme de « rien » ou autre oisiveté facultative pour les primates que nous sommes.

Mais bon je n’ai pas de leçon à donner : si moi-même je me couchais plus tôt, je me lèverais plus tôt, peut-être même que je prendrais le vélo et pas la Zozo, et je devrais alors troquer la voix rassurante d’Erner contre les bienfaits du plein air, pour profiter des dégradés dans les belles couleurs de l’aube.