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Primaire / Hélène Angel (2016)

Si vous avez 1h45 devant vous, ou le nez bouché, ou envie de revenir à des émotions élémentaires, plongez donc dans la classe de Primaire de Sara Forestier C’est fou le bien que ça fait de sortir les mouchoirs lors d’une brève immersion dans cet univers trop peuplé pour moi, mais dont j’admire les enjeux, les fragilités et les inépuisables richesses.

D’autant plus qu’on ne s’y ennuie pas une seconde.

Puisque le pitch fait la part belle à une démission présentée comme simplement maternelle, on peut se demander pourquoi ces yeux braqués toujours sur cette maman qui manque à tous ses devoirs, mais ce film semble aussi, pour autant, résolument féministe, en invitant à la réflexion sur le positionnement de chacun et chacune dans sa vie, que ce soit en tant qu’enseignante, mère, bizarre figure paternelle*, assistante de vie scolaire, etc. et sur la place respective qu’ils veulent bien se donner dans la vie des autres.

* joué par Vincent Elbaz dont je viens d’apprécier la prestation dans Il a déjà tes yeux, et qui a décidément le chic pour dégoter des rôles formidables. Vincent Elbaz m’avait paru complètement caucasien dans ce film où les acteurs principaux sont noirs, et m’a semblé nettement plus bronzé dans Primaire. Plus qu’une question de maquillage (ou de lunettes ?), ça semble révélateur des biais de la perception qui bousculent la vague lubie que serait une identité personnelle.

Lubie qu’on peut (et c’est tant mieux) sans cesse remettre en question, comme l’a démontré joliment Leïla Slimani à la fin de Boomerang (à 30 mn 25).

Marketblaze (3) Envoyez l’addition

Parfois, la société de consommation rentre chez nous même si on n’a rien fait pour, c’est comme ça, nous sommes des animaux sociaux et partageurs.

Je parlerai donc des livres ardoises, qui permettent aux bambinos et bambinettes d’utiliser des feutres effaçables pour s’entrainer à tracer correctement les formes et puis les lettres, puisqu’il devient vite de notoriété publique pour la gent parentale que quand bambinette dessine des petites vagues, c’est pour mieux faire les O, et que quand bambino dessine des barreaux de fenêtres, c’est pour mieux faire les E.

Or ces feutres soi-disant effaçables ne le restent que tant qu’on n’oublie pas le machin trop longtemps dans un coin. Auquel cas il faut aller chercher un fond de dissolvant. Dans une fiole vaguement paumée parmi des restes de vernis épaissis, de ceux qu’on n’utilise plus guère que pour prévenir les filatures des derniers collants survivants, quand ces derniers ont été taquinés par un scratch et que l’accroc risque de s’étirer comme un aligot à la moindre génuflexion, à la différence près que ce qui signe la réussite de l’aligot signe ici la mort du collant.

Or qui dissolvant, dit solvant.

Vendre des « livres ardoises » pour l’apprentissage, ça fait un peu comme si on modernisait une bonne vieille recette, à l’efficacité pédagogique bourinée à coup de nostalgie rassurante de type ça a fait ses preuves.

Mais pour cela, on va donc écrire avec des colorants solvés sur des cartons plastifiés, parce que zut, on n’est plus à l’âge de la bougie de la craie, quand même, les feutres, c’est pas sale, il n’y a qu’à voir l’état des doigts de bambino après utilisation.

Or, quand on utilise une craie pour écrire sur de la véritable ardoise, on peut tout aussi bien rebalancer tout ça exactement d’où ça vient, on risque pas de se toper 68 € d’amende pour déchet sur voie publique, tout simplement parce qu’on verrait pas vraiment la différence entre avant et après.

Mais on a trouvé que c’était beaucoup plus cool de payer l’extraction, la transformation, la production, le marketing, l’acheminement et la commercialisation de ces jolis objets aussi coloriés que plastifiés, et de repayer derrière des impôts pour la gestion du déchet que ça a, en somme, toujours été, puisqu’on ne peut pas le jeter tel quel dans son jardin.

A croire qu’on aime ça, laisser des ardoises.

Si on considère que la bonne vieille pierre de toiture reconvertie en assiette hype pour quand on allait au resto, ça nous donne de l’urticaire et qu’on n’a pas bien envie de se rappeler que tout n’est que poussière, il existe une alternative révolutionnaire : ça a pour joli petit nom… Papier-crayon. Du bois, du graphite, et pareil, si vous balancez ça dans votre jardin, a priori ça devrait pas rester trente ans ni intoxiquer vos salades.

PS : Petit lexique des matériaux, n’hésitez pas à m’aider en commentaires :

Encre des feutres effaçable pour gamins : colorant X ? + solvant Y ?

Matière plastique du livre ardoise : polymère Z ?

Dissolvant : acétone -> cétone -> aldéhyde -> alcool à partir de ?

Collant : polyamide = réaction polyamine + polyacide = c’est comme les polymères des encres et des livres plastifiés, c’est chaud patate de deviner les matériaux originels quand on a Wikipédia + Le Petit Robert + un bac -2 en chimie.

Vernis : un brin de nitrocellulose (l’explosif dont on a 5000 tonnes à Toulouse), plastifiant(s), solvants, pigments, etc.

L’archet de Noah

Chi va piano va sano, mais c’est prestissimo,

Les cornes dans les brumes,

Qu’on ne sait par quel bout attraper le taureau,

Le marteau sur l’enclume ;

Quand l’avenir nous gratte, pisser dans un violon

Pour chercher l’harmonie

Parmi les requiem et la pire oraison

Sous les cuivres puissants de nos lobbytomies

Et pourtant nous pouvons, de partitions nouvelles,

Traire les mélodrames, braire des mélodies,

Balancer le pipeau par delà les buissons

Crever l’abcès de nos dissonances plurielles

Régénérer partout les instruments de vie

Et viser le pouvoir de réorchestration.

(La bande son : « Love of an orchestra », The First Days of Spring, Noah and the Whale, 2009)

« Everything you want is on the other side of fear »

Frightened afraid effrayé, se frayer un chemin à travers la frousse froide, l’effroi en devient chaud, c’est chaud d’avoir les foies, la peur ne nous fait pas « Peuh! » mais tout un tas de « Bouh! »

et puis ça bout ça bout on n’en voit pas le bout, on se fait de la bile, on a la bile en tête on fonce forcenés vers le miroir aux alouettes qui s’entête à chanter que je te plumerai.

On est frigorifiés, frappés par la terreur on se retrouve à terre, à taire nos aigreurs les veilles de nos guerres, de tous les jours, Hardi, Allons, Majusculisons-Nous, plantons-là nos boucliers et dressons fiers nos Cous, il en va de la foi au-dessus de la foire, il en va de la vie au-delà de nos vices, l’action sur le chemin bientôt des sacrifices nous consolera mieux que tous les artifices…

(vieux proème recuisiné à la sauce 2021)

Le monde est petit, qu’on a dit

Il a fallu atteindre un certain nombre de piges pour que je percute un truc pourtant assez central : les représentations cartographiées du monde que j’ai sous les yeux depuis gamine ont beau avoir une échelle, ce ne sont jamais que des projections privées, ce qui constitue d’ailleurs une super transition avec le post précédent.

Je me suis donc découverte, au lieu d’aller dormir, en train de mesurer les millimètres qui séparent les extrémités de la Grande-Bretagne (955 km, 15 mm) et de Madagascar (1600 km… 15 mm) sur un grand agenda qui avait le malheur de trainer par là et qui a trouvé en cela une utilité qu’il ne soupçonnait plus.

J’ai ensuite bien lu partout que notre inévitable carte du 16ème de Geert Mercator était quand même super pratique pour la navigation – si quelqu’un.e a le courage de s’attaquer à la page planisphère ébauchée sur Wikipédia…-, même si dans notre monde satellisé j’ai de forts doutes sur la pertinence de son utilisation par les Vendée Globe trotteurs de tout pavillon.

Je découvre donc (comme Colomb a « découvert » les Amériques, lol) que nous vivons encore au milieu de représentations du 16ème siècle alors qu’on a fait un poil mieux depuis.

Apprendre le monde avec la projection de Fuller, par exemple, ça serait quand même, en plus de moins le déformer, le monde, autrement plus rigolo !

Tout comme le parcours de ce Fuller, qui a d’ailleurs été le premier en 1940 à utiliser la notion d’esclave énergétique que j’ai découverte récemment via JMJ, ce qui justifie mon sentiment que le monde est petit.

Il était déjà bien conscient déjà des limites de notre ballon rond dans lequel on (se) shoote à tout va, ce Fuller.

Et à propos de ballon rond mais pas que, puisque c’est la projection de Peters en couverture intérieure de son bouquin qui est à l’origine de ces réflexions du soir : merci Lilian Thuram !

(Et parce que c’est beau : « Je vis sur la Terre à l’heure actuelle, et je ne sais pas ce que je suis, je sais que je ne suis pas une catégorie, je ne suis pas une chose, un nom… Il me semble être un verbe, un processus évolutif ; une fonction intégrale de l’univers. » Richard Buckminster Fuller)

Projection privée

Tu vois je t’aime un peu comme on ferme les yeux face au soleil brûlant
Un peu à reculons et toujours à tâtons, je goûte mon présent
Je le domine bien, je le tiens dans la main, à quoi bon l’avenir ?
Je le vois incertain, il est mieux, c’est certain, à quoi bon y courir ?
Je marche l’œil fermé pas pressée d’arriver si je sais qu’il existe
L’avenir, ou bien lui, dans les deux cas, ça luit dans mes rêves autistes
Je resterai fichée dans mes joies affichées de liberté sur pattes
Il en faudra du vent pour m’arracher, vraiment, un joli coup de latte,
Un éclair, du génie, que sais-je ou que nenni, je me plante peut-être
Suis-je un chêne un roseau un vilain p’tit oiseau sur la branche d’un hêtre?
J’aime trop tout, trop peu et je rouvre les yeux je me plais dans la lune
Et ce halo brumeux ce concert silencieux sont toute ma fortune
Ainsi nul ne me nuit j’arpenterai mes nuits toujours à l’abordage
De ces joyaux passants que sont ces doux instants où tout devient mirage.

Poème du 16 mai 2008, une époque où il était easy de déambuler de nuit dans les rues de Paris. J’aime toujours son adresse à personne en particulier ou à la vie en général, et sa musique douce-amère des fiertés solitaires qui ne se drapent jamais mieux que dans leur fuite.

Oh ! Hé ! Hein ! Bon !

Ce vendredi 11 décembre, comme de temps en temps, j’ai écouté la fin des Matins en allant au turbin.

Mais j’ai senti des chroniqueurs qui avaient gardé quelques traces de l’oreiller à une heure de grande écoute, quand même.

D’un côté, Hervé Gardette, posé pourtant en chantre quotidien de la transition écologique, qui nous ressort le couplet des 3-4 degrés en 2100, avec cette phrase formidable de cécité sur les dérèglements en cours :  » Vous qui nous écoutez ce matin, vous ne serez pas très nombreux à être en mesure de vérifier, en 2100, si les prévisions de 2020 étaient un peu trop ou pas assez alarmistes. » Le fils du couple emporté par la crue de la Vésubie dans les Alpes-Maritimes (pour ne pas parler des millions de réfugiés climatiques…) devrait apprécier.

Si l’on ne veut pas s’arrêter sur des cas particuliers, il suffit pourtant de regarder le site de Météo France, qu’on peut difficilement taxer d’être un repère de rebelles-anarco-catastrophistes, pour arrêter une bonne fois pour toutes de parler au futur.

Et on n’est pas obligé d’avoir lu Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie (qui a grosso modo le même âge que la Cop 21) pour en avoir au moins vu passer le titre quand on s’occupe de ces questions.

Tandis que je constatais donc avec une pincée d’effroi qu’Hervé Gardette ne s’était toujours pas réveillé, de l’autre côté, sur un autre plan, nous avions une Géraldine Mosna-Savoye qui regrettait presque de dormir, se disant que « si on n’a plus aucun intérêt ni plaisir à rester éveillé, alors la nuit n’existe plus du tout, ou seulement parce qu’elle disparaît, parce qu’on n’en fait rien, parce qu’on n’y fait que dormir.« 

Apparemment la philosophe, au romantisme certes légitime sur les attraits de la vie nocturne, a oublié que la diminution continue de nos heures de sommeil est un vrai problème de santé publique et que dormir la nuit n’est pas franchement synonyme de « rien » ou autre oisiveté facultative pour les primates que nous sommes.

Mais bon je n’ai pas de leçon à donner : si moi-même je me couchais plus tôt, je me lèverais plus tôt, peut-être même que je prendrais le vélo et pas la Zozo, et je devrais alors troquer la voix rassurante d’Erner contre les bienfaits du plein air, pour profiter des dégradés dans les belles couleurs de l’aube.

Marketblaze (2) Anachronies

Ce 7 décembre, j’ai croisé des galettes des rois : Dieu est mort et chacun prend le trône, raï qu’il n’y ait plus de saison et beaucoup d’accélération mais on pourrait laisser un semblant de repères, comme dirait Sébastien Bohler, ça n’arrête pas de biper dans notre cortex cingulaire.


Pour atténuer la sensation je suis allée vers les boules pralinés bas de gamme, pour retrouver le goût peut-être de mon enfance, de ce qu’on appelait les crottes en chocolat, dans leur boite en carton : je me revois croquer délicatement le disque socle avant d’attaquer la garniture, méthodiquement, avec le manche de la petite cuillère. Elles sont à moins de 5 € le kilo, grosso modo le prix du pain, et je balaie la culpabilité de cette aberration en me réjouissant de cet article concernant la menace de boycott des planteurs ivoiriens.

Quelques Vers où parler ?

Je parlerai des roses, je parlerai des fleurs et puis des libellules, de leurs ailes graciles, des chouettes qui hululent et des merles moqueurs qui viennent par poignées picorer nos jardins, picorer tous les grains qu’ils pourront y trouver.

Je parlerai de ça, de ces graines qui germent, de sources, de fontaines et des petits ruisseaux, de la fraicheur qu’ils font en courant sur la peau, caresse permanente et toute enveloppante des mains qui s’y ébrouent.

Je parlerai de ça, des courants d’ondes pures, de prairies, de nature et de tout ce plaisir qu’il y a quelquefois à s’écorcher les bras pour attraper des mûres, quelques égratignures comme pour se frotter à la rugosité un peu sucré du monde, en remplir son panier, s’en farcir la figure et puis en ramener pour en faire cadeau, le juste résultat d’acide et de soleil, de sucre et de saveur en robe de vermeil, petits globes juteux agglutinés sauvages sur ce gros globe immense qui roule sous nos pas, qui croule sous nos tas de molécules informes,

sous ces tonnes de sable amassées en béton, et sous ces « fondations » crépies de trucs armés, armées de grandes tiges et autant de barrières, de clôtures, de murs, de ce qui fait fondre notre rapport au monde en mettant du bazar entre soi et la terre, ce qui nous place hors sol, en cage en pavillons, un enfer tout pavé de bonnes intentions mais tout brisé de cases uniquement reliées par le flux des eaux crades, du gaz, de l’électrique, de la fibre bien sûr mais où plus rien ne vibre que les tremblements seuls de la géologie, je vois tous ces machins et je ne sais quoi d’autre et je dévie, voilà, je n’en parlerai pas.


Je parlerai des chants et puis des harmoniques, de strophes, de sonnets, de rimes embrassées, de ce qui tourne rond, du papier à musique, de tous les chœurs, les cors, les corps entrelacés sur la piste de danse en façon de chorale, où les bras où les jambes où tous les mouvements se marient sans souci à ce que l’on entend, portés qu’ils sont soudain par la beauté du monde, emportés par les arts des âmes vagabondes qui ont bien intégré que l’essentiel était dans quelques superflus, les notes et les mots posés sans retenue mais agencés toujours en ordre délicat, en ordre dispersé

dans un ordre en folie surtout pas militaire, dans un ordre pourtant qui fait tourner la Terre en mettant l’émotion au centre, tout le temps, l’émotion comme but, moyen, espace et temps, couronne de survie de tout règne animal,

ne parlons plus d’humain, pas plus d’humanité, certes il est beau ce mot si plein de bienveillance et aussi de tendresse et aussi de respect, mais il nous a porté tout au faîte d’un toit qui n’est jamais posé que trop haut pour nos culs,

et nous sommes ce chat perdu en haut de l’arbre, effrayé et transi toutes griffes dehors, qui miaule un peu trop fort de travers et à tort, qui ne sait pas du tout comment il va descendre après s’être trompé sur sa propre valeur,

mais lui retombera peut-être sur ses pattes, nous sommes plus perchés et bien plus limités, nous pouvons nous targuer de notre humanité si tant est qu’il en reste encore quelque chose, et on peut en douter, et l’animalité qui est notre nature tend à se confronter à sa déconfiture vu le peu de cas qu’on en fait, alors cette distinction ingénue et tenace, saugrenue et vorace, « des animaux et des hommes », je n’en parlerai pas.


Je parlerai des joies qui souvent se dérobent, du goût précieux parfois dont un détail s’enrobe, et de tous les succès qui passent inaperçus. Des sourires qui sont devinés sous les masques, des petites victoires emportées sans qu’on casque, sans qu’on douille, comme ça, qu’on gagne incognito sur ce qui nous semblait être un creux de l’ego.

Je parlerai d’espoir même si ça fait rire, d’ailleurs c’est bien de ça dont on aura besoin, rire faux rire jaune mais parfois rire bien, à gorge déployée en se tenant les côtes, en se forçant un peu pour que ça nous emporte, rire d’écouter rire, rire de respirer, rire juste sentir nos dos se redresser, devant l’inopiné l’absurde ou l’incertain, désinspirer de rire en exhal’tant demain.

Un peu de beurre sur la galette du CastelSarrasin

Quand on écoute « Les Somnambules » d’Enfantillages 3 d’Aldebert – qu’on a découvert inconnu à l’époque de Sur place ou à emporter (formule de saison…) et qui est devenu chroniqueur sur France Inter -, on se rappelle Olivia Ruiz, aussi présente dans la rentrée littéraire, d’ailleurs.

Et à force de glissades sur la plateforme musicale initialement sans vidéo, on découvre cette reprise de Pierre Perret, par Olivia Ruiz, Mouss et Hakim et Lo Barrut.

Je ne suis pas de Castelsarrasin, d’ailleurs je n’ai pas l’intention de saluer les imbéciles heureux qui sont nés quelque part, mais j’aime ce mélange de patois et d’Origines contrôlées qui tarde à démarrer mais s’envole quand même, surtout quand on le souvenir plombé d’une ville qui a voté à 48% pour le FN aux dernières présidentielles.

Je me rappelle aussi, en cette période de pré-post-Goncourt, de garder sur la pile à lire Ma part de Gaulois, qui figurait sur la liste de 2016, et La Part du Sarrasin (rentrée littéraire 2020), de Magyd Cherfi, acolyte de Mouss et Hakim dans Zebda (= beurre en arabe) et qui intervient également sur l’album hommage à Perret.

Pourquoi Ma Part, pourquoi La Part ? Et pourquoi la parole part ? Je suis pour que les langues vivent, évoluent et meurent avec celleux qui les parlent, pour l’orthographe de 1990 et pour la féminisation des noms, pour Le Petit Robert (un joli titre de Zebda par ailleurs) de l’usage bien plus que pour le Dictionnaire de l’Académie française de l’otage.

Mais ça ne m’empêche pas d’apprécier à sa juste valeur le cœur qu’ont mis tous ces gens à apprendre bien mieux que moi la langue de mon père.

La Belle Verte de Coline Serreau

Un film de 1996, conseillé par un lecteur ou une lectrice de la médiathèque, qui a dû apprécier le fait que quand même, les thèmes abordés n’avaient pas franchement vieilli.

Navigant entre new age et décal age, danse et décadence, humour et curiosité, cet ovni qui envoie une extraterrestre découvrir Paris est aussi libre et musclé que les trapézistes qui le traversent. Bon forcément, comme dans tout film un brin militant, il y a quelques sources d’agacement de-ci delà, mais pas de quoi bouder son plaisir.

Il peut même donner envie de faire un peu de gainage, tiens. Ou un peu de balançoire, à défaut.

Prendre un peu d’élan, quoi.

J’y ai retrouvé avec plaisir la scène du rétroviseur, par Vincent Lindon, entendue récemment à la radio en ouverture d’un « CO2 mon amour » de Denis Cheissoux.

Et me suis rappelé avoir été touchée, par la même Coline Serreau et le même Vincent Lindon, avec le film Chaos.

Le Bug humain de Sébastien Bohler

Un bouquin bien documenté et très très chouette, même si la chouette effraie, évidemment ! Mention spéciale aux pages 141 à 143 (dans lesquelles j’ai ressenti l’histoire de ma vie), même si de nombreux exemples sont intéressants partout ailleurs.


J’ai pu constater à la lecture de ces pages que mon striatum n’est pas franchement opérationnel, à se demander comment mes gènes ne se sont pas encore fait démonter la tête. Même si comme dit l’auteur, seuls les plus « performants » sont restés en lice, et c’est bien pour ça qu’on s’enlise…

Ce livre est génial et se mange comme du petit pain.

Une seule chose m’a questionnée, c’est celle du temps qu’on s’est dégagé en supprimant le travail : Sébastien Bohler est (ou était du moins dans ce précédent ouvrage) sur une vision d’une société du loisir associée à la destruction de la planète, une sorte de société tirant de plus en plus vers la glande, quand même (et c’est bien le cas de le dire.)

Or j’imagine que les précarités, notamment énergétique et alimentaire (qui attendent la grande majorité du globe si ce n’est tout le monde à plus ou moins, plutôt moins, brève échéance) sont souvent très coûteuses en temps et en énergie.

Pour le dire autrement, dans un monde où on n’imagine même plus écosser ses petits pois, écaler ses amandes ou devoir aller récupérer de l’eau quelque part, peut-être pourrait-on envisager que tout ça nous prendra un poil plus de temps ? (si quelqu’un.e a des éléments scientifiques de réponse, je suis preneuse…)