Archives pour la catégorie Jeudi

Cigognes & Compagnie / Nicolas Stoller et Doug Sweetland

Film d’animation compatible gamin de 5 ans, même si on a davantage ri que lui, mais il était happé quand même.
Mes points négatifs :
– Bon grosso modo dans tout le film, si t’es une fille, tu fais un peu chier quand même, d’ailleurs une petite sœur c’est moins bien qu’un petit frère sauf si c’est une ninja, rajoutons à cela quelques variations drôles mais un poil urticantes autour du supposé instinct maternel, tout ça, pour bien faire passer le tradi en douceur.
– Les enfants sont par principe considérés comme des trucs cools (littéralement d’ailleurs : des trucs, et puis cools), avec la famille blabla comme composante essentielle blabla de l’épanouissement etc.
Mais bon on est un peu chez des cigognes, donc on pardonne.
– Un rythme endiablé.
Mes points positifs :
– Un rythme endiablé
– Plein d’inventions inattendues
– Des rebondissements farfelus
– Et quelques jolies trouvailles et de l’humour dans les dialogues.


Une petite parenthèse dans laquelle il serait dommage de bouder son plaisir.

Promised land / Gus Van Sant (2012)

Matt Damon joue ici le rôle du négociateur qui va tenter de convaincre des gens qui n’ont pas trop de moyen de péter à coups de fractures ouvertes leur petit bassin vivrier pour en laisser s’échapper un gigantesque prout de schiste. Sa collègue dans cette aventure, sur le tournage et dans le scénar, est un personnage très bien campé par Frances Louise McDormand.

L’immersion dans le quotidien de cette contrée américaine est tout aussi réussie que le twist quasi final, qui laisse un goût cacaoté, entre l’amertume des cynismes systémiques et le sublime de la possibilité à peine esquissée des résistances collectives.

Primaire / Hélène Angel (2016)

Si vous avez 1h45 devant vous, ou le nez bouché, ou envie de revenir à des émotions élémentaires, plongez donc dans la classe de Primaire de Sara Forestier C’est fou le bien que ça fait de sortir les mouchoirs lors d’une brève immersion dans cet univers trop peuplé pour moi, mais dont j’admire les enjeux, les fragilités et les inépuisables richesses.

D’autant plus qu’on ne s’y ennuie pas une seconde.

Puisque le pitch fait la part belle à une démission présentée comme simplement maternelle, on peut se demander pourquoi ces yeux braqués toujours sur cette maman qui manque à tous ses devoirs, mais ce film semble aussi, pour autant, résolument féministe, en invitant à la réflexion sur le positionnement de chacun et chacune dans sa vie, que ce soit en tant qu’enseignante, mère, bizarre figure paternelle*, assistante de vie scolaire, etc. et sur la place respective qu’ils veulent bien se donner dans la vie des autres.

* joué par Vincent Elbaz dont je viens d’apprécier la prestation dans Il a déjà tes yeux, et qui a décidément le chic pour dégoter des rôles formidables. Vincent Elbaz m’avait paru complètement caucasien dans ce film où les acteurs principaux sont noirs, et m’a semblé nettement plus bronzé dans Primaire. Plus qu’une question de maquillage (ou de lunettes ?), ça semble révélateur des biais de la perception qui bousculent la vague lubie que serait une identité personnelle.

Lubie qu’on peut (et c’est tant mieux) sans cesse remettre en question, comme l’a démontré joliment Leïla Slimani à la fin de Boomerang (à 30 mn 25).

Un peu de beurre sur la galette du CastelSarrasin

Quand on écoute « Les Somnambules » d’Enfantillages 3 d’Aldebert – qu’on a découvert inconnu à l’époque de Sur place ou à emporter (formule de saison…) et qui est devenu chroniqueur sur France Inter -, on se rappelle Olivia Ruiz, aussi présente dans la rentrée littéraire, d’ailleurs.

Et à force de glissades sur la plateforme musicale initialement sans vidéo, on découvre cette reprise de Pierre Perret, par Olivia Ruiz, Mouss et Hakim et Lo Barrut.

Je ne suis pas de Castelsarrasin, d’ailleurs je n’ai pas l’intention de saluer les imbéciles heureux qui sont nés quelque part, mais j’aime ce mélange de patois et d’Origines contrôlées qui tarde à démarrer mais s’envole quand même, surtout quand on le souvenir plombé d’une ville qui a voté à 48% pour le FN aux dernières présidentielles.

Je me rappelle aussi, en cette période de pré-post-Goncourt, de garder sur la pile à lire Ma part de Gaulois, qui figurait sur la liste de 2016, et La Part du Sarrasin (rentrée littéraire 2020), de Magyd Cherfi, acolyte de Mouss et Hakim dans Zebda (= beurre en arabe) et qui intervient également sur l’album hommage à Perret.

Pourquoi Ma Part, pourquoi La Part ? Et pourquoi la parole part ? Je suis pour que les langues vivent, évoluent et meurent avec celleux qui les parlent, pour l’orthographe de 1990 et pour la féminisation des noms, pour Le Petit Robert (un joli titre de Zebda par ailleurs) de l’usage bien plus que pour le Dictionnaire de l’Académie française de l’otage.

Mais ça ne m’empêche pas d’apprécier à sa juste valeur le cœur qu’ont mis tous ces gens à apprendre bien mieux que moi la langue de mon père.

La Belle Verte de Coline Serreau

Un film de 1996, conseillé par un lecteur ou une lectrice de la médiathèque, qui a dû apprécier le fait que quand même, les thèmes abordés n’avaient pas franchement vieilli.

Navigant entre new age et décal age, danse et décadence, humour et curiosité, cet ovni qui envoie une extraterrestre découvrir Paris est aussi libre et musclé que les trapézistes qui le traversent. Bon forcément, comme dans tout film un brin militant, il y a quelques sources d’agacement de-ci delà, mais pas de quoi bouder son plaisir.

Il peut même donner envie de faire un peu de gainage, tiens. Ou un peu de balançoire, à défaut.

Prendre un peu d’élan, quoi.

J’y ai retrouvé avec plaisir la scène du rétroviseur, par Vincent Lindon, entendue récemment à la radio en ouverture d’un « CO2 mon amour » de Denis Cheissoux.

Et me suis rappelé avoir été touchée, par la même Coline Serreau et le même Vincent Lindon, avec le film Chaos.

Le Bug humain de Sébastien Bohler

Un bouquin bien documenté et très très chouette, même si la chouette effraie, évidemment ! Mention spéciale aux pages 141 à 143 (dans lesquelles j’ai ressenti l’histoire de ma vie), même si de nombreux exemples sont intéressants partout ailleurs.


J’ai pu constater à la lecture de ces pages que mon striatum n’est pas franchement opérationnel, à se demander comment mes gènes ne se sont pas encore fait démonter la tête. Même si comme dit l’auteur, seuls les plus « performants » sont restés en lice, et c’est bien pour ça qu’on s’enlise…

Ce livre est génial et se mange comme du petit pain.

Une seule chose m’a questionnée, c’est celle du temps qu’on s’est dégagé en supprimant le travail : Sébastien Bohler est (ou était du moins dans ce précédent ouvrage) sur une vision d’une société du loisir associée à la destruction de la planète, une sorte de société tirant de plus en plus vers la glande, quand même (et c’est bien le cas de le dire.)

Or j’imagine que les précarités, notamment énergétique et alimentaire (qui attendent la grande majorité du globe si ce n’est tout le monde à plus ou moins, plutôt moins, brève échéance) sont souvent très coûteuses en temps et en énergie.

Pour le dire autrement, dans un monde où on n’imagine même plus écosser ses petits pois, écaler ses amandes ou devoir aller récupérer de l’eau quelque part, peut-être pourrait-on envisager que tout ça nous prendra un poil plus de temps ? (si quelqu’un.e a des éléments scientifiques de réponse, je suis preneuse…)

Marcher droit, tourner en rond, d’Emmanuel Venet

Le monologue intérieur d’un passionné de scrabble et de catastrophes aériennes, qui présente ici son syndrome d’Asperger. Et sa vision sans concession sur le monde, en général.

Mais surtout sur chacun des membres de sa famille, en particulier.

Toutes ses pensées surgissent à l’occasion des funérailles de sa grand-mère, propices à un panégyrique subi ostensiblement éloigné de la réalité. Quelques touches d’humour grinçant, comme une porte qui grince un peu mécaniquement, sans arrêt, et qui fait de ce fait des bruits plutôt risibles. Bref, un style adapté au personnage, et une misogynie assez palpable du narrateur (laissons à l’auteur le bénéfice du doute…) qui illustre bien la citation de Freud choisie en exergue sur la question irrésolue de l’âme féminine.

Puisque tout au long de ce court roman, entre femmes vénales et femmes triviales, franchement, il n’y en a véritablement pas une pour rattraper l’autre.

(à part peut-être madame Violette, p.86.)

La Fille de son père d’Anne Berest

Premier roman chez le Seuil, 2010. Lu rapidement et avec intérêt. Même si les personnages me furent globalement très antipathiques. Même si la plongée dans ce milieu ne fut jamais loin de me coller de l’urticaire, les déplacements dans tout Paris en voiture, les vêtements cacateux jetés à la poubelle sans autre forme de procès et la charlotte aux fraises prise chez le pâtissier qui fournit l’Élysée étant fort susceptibles de me rester sur l’estomac. Même si c’est écrit au présent mais qu’on a quand même envie de les envoyer se prendre un aller dans le passé, simple.

Mais la plume, sèche et froide à l’image de ma première impression, rattrape beaucoup de chose. Tout comme la construction, qui fait qu’on veut quand même savoir, alors, hein, finalement, ce qu’il advient de cette fratrie de filles, de cette adelphie, de cette sororie (make your choice lexical.)

Une piste de réflexion intéressante p. 117 : « Les pères qui n’ont que des filles, comme les mères qui n’ont que des fils, restent pour toujours des rois et des reines absolus. Quelque chose en eux résiste, qui ne se dissout pas dans la progéniture. »

Je doute du fondement scientifique de cette hypothèse genrée qui donne encore une fois un peu trop d’importance à la question, mais bizarrement, il y a comme de la poésie dans ces ressentis blasés. Le roman nous balade entre inachèvements, non-dits et fuites, pour qui souhaite se perdre dans le détricotage de la filiation.

Comment (bien) rater ses vacances d’Anne Percin

J’avais été bouleversée comme beaucoup par Le Premier été, d’Anne Percin, il y a presque dix ans. Le souvenir d’une émotion forte, d’une blessure totale, du tir direct et franc de la plume en plein cœur.

Je lis, bien a posteriori, ce premier tome pourtant antérieur des aventures de Maxime Mainard, gros succès de librairie en son temps (comme quoi, il y a une justice), et je me demande comment je n’ai pas encore tout dévoré de cette autrice. Une écriture vive, libre, cultivée, baignée d’un humour rebondissant au gré des paragraphes comme une balle de baby-foot. Un léger sourire, un léger flop, un léger sourire, et hop, BUT, une franche poilade sonore.

J’ai réservé le tome 2. Si je m’avise d’avoir l’audace de le lire dans le train ou le métro, nul doute que mes zygomatiques en feront la publicité.

Le Temps suspendu de Valeria Parrella

Premier roman d’une autrice italienne. Une mère se promène dans le temps suspendu et élastique qui correspond à la présence de sa fille prématurée en couveuse. On s’immerge dans une Italie sociale, en appréciant la fraicheur du verbe au gré des rues et des dialogues.

Lecture intéressante, même si au moment de prendre les transports pour de courts trajets, je l’ai attrapé vite fait sur ma pile des livres à lire / en cours / lus pour le balancer dans la besace.

Manque de bol, j’avais déjà oublié qu’il faisait partie des lus. Preuve que les rues italiennes et la salle des prémas sont restées ouvertes sans que ni moi ni l’autrice n’ayons réellement pensé à fermer la porte.

Les Sciences naturelles de Tatsu Nagata

Collection d’albums jeunesse hautement recommandable pour apprendre les animaux. (Oui on peut apprendre un animal, comme on peut apprendre un savon, la tangente, et le russe. On peut Toutapprendre comme dirait la plateforme du même nom concurrente de Maxicours.)

Il y a un dessin récurrent de professeur loufoque (le Japonais/pseudonyme du titre) qui n’est pas sans me rappeler le Professeur Moustache, qui dans le genre vulgarisation, se pose là, aussi.

Je ne connais pas toutes les déclinaisons (requin, ver de terre, poule, lapin, loup, araignée, etc.) mais voici le genre de phrases qui parsèment les grandes illustrations rigolotes :

« La girafe ne dort presque pas. 20 minutes par jour lui suffisent. Le reste du temps, elle mange. »

« La poule est un oiseau. Elle a deux ailes qui ne lui permettent de voler ni haut, ni longtemps. »

 

La Théorie du panda de Pascal Garnier

Gabriel débarque dans une petite ville inconnue, et tape l’incruste dans la vie desdits inconnus en leur faisant la bouffe, comme ça, pof. Les gens en sont tout contents, ils ont l’air de le kiffer, leur Gabriel. Nous aussi, on aimerait bien.

Coup de cœur de gastronome pour cette écriture fine, drôle, sensible. Qui tranche avec précision la chair de la vie, la saisit, la retourne, la fait mijoter. On se régale à la table de Pascal et de Gabriel, on savoure, quels que soient les personnages-ingrédients. On se doute que ça risque de partir en queue de poisson, de sentir le roussi, tout ça. Pour une vague histoire de chatons et d’éther, notamment.

J’ai terminé ce bijou sur le sentiment d’une incohérence, sur une déception égoïste (« tout ça pour ça ? ») bêtement liée à mon souhait d’une autre fin. Mais un bon auteur est-il là pour caresser le panda dans le sens du poil ?