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L’archet de Noah

Chi va piano va sano, mais c’est prestissimo,

Les cornes dans les brumes,

Qu’on ne sait par quel bout attraper le taureau,

Le marteau sur l’enclume ;

Quand l’avenir nous gratte, pisser dans un violon

Pour chercher l’harmonie

Parmi les requiem et la pire oraison

Sous les cuivres puissants de nos lobbytomies

Et pourtant nous pouvons, de partitions nouvelles,

Traire les mélodrames, braire des mélodies,

Balancer le pipeau par delà les buissons

Crever l’abcès de nos dissonances plurielles

Régénérer partout les instruments de vie

Et viser le pouvoir de réorchestration.

(La bande son : « Love of an orchestra », The First Days of Spring, Noah and the Whale, 2009)

« Everything you want is on the other side of fear »

Frightened afraid effrayé, se frayer un chemin à travers la frousse froide, l’effroi en devient chaud, c’est chaud d’avoir les foies, la peur ne nous fait pas « Peuh! » mais tout un tas de « Bouh! »

et puis ça bout ça bout on n’en voit pas le bout, on se fait de la bile, on a la bile en tête on fonce forcenés vers le miroir aux alouettes qui s’entête à chanter que je te plumerai.

On est frigorifiés, frappés par la terreur on se retrouve à terre, à taire nos aigreurs les veilles de nos guerres, de tous les jours, Hardi, Allons, Majusculisons-Nous, plantons-là nos boucliers et dressons fiers nos Cous, il en va de la foi au-dessus de la foire, il en va de la vie au-delà de nos vices, l’action sur le chemin bientôt des sacrifices nous consolera mieux que tous les artifices…

(vieux proème recuisiné à la sauce 2021)

Projection privée

Tu vois je t’aime un peu comme on ferme les yeux face au soleil brûlant
Un peu à reculons et toujours à tâtons, je goûte mon présent
Je le domine bien, je le tiens dans la main, à quoi bon l’avenir ?
Je le vois incertain, il est mieux, c’est certain, à quoi bon y courir ?
Je marche l’œil fermé pas pressée d’arriver si je sais qu’il existe
L’avenir, ou bien lui, dans les deux cas, ça luit dans mes rêves autistes
Je resterai fichée dans mes joies affichées de liberté sur pattes
Il en faudra du vent pour m’arracher, vraiment, un joli coup de latte,
Un éclair, du génie, que sais-je ou que nenni, je me plante peut-être
Suis-je un chêne un roseau un vilain p’tit oiseau sur la branche d’un hêtre?
J’aime trop tout, trop peu et je rouvre les yeux je me plais dans la lune
Et ce halo brumeux ce concert silencieux sont toute ma fortune
Ainsi nul ne me nuit j’arpenterai mes nuits toujours à l’abordage
De ces joyaux passants que sont ces doux instants où tout devient mirage.

Poème du 16 mai 2008, une époque où il était easy de déambuler de nuit dans les rues de Paris. J’aime toujours son adresse à personne en particulier ou à la vie en général, et sa musique douce-amère des fiertés solitaires qui ne se drapent jamais mieux que dans leur fuite.

Quelques Vers où parler ?

Je parlerai des roses, je parlerai des fleurs et puis des libellules, de leurs ailes graciles, des chouettes qui hululent et des merles moqueurs qui viennent par poignées picorer nos jardins, picorer tous les grains qu’ils pourront y trouver.

Je parlerai de ça, de ces graines qui germent, de sources, de fontaines et des petits ruisseaux, de la fraicheur qu’ils font en courant sur la peau, caresse permanente et toute enveloppante des mains qui s’y ébrouent.

Je parlerai de ça, des courants d’ondes pures, de prairies, de nature et de tout ce plaisir qu’il y a quelquefois à s’écorcher les bras pour attraper des mûres, quelques égratignures comme pour se frotter à la rugosité un peu sucré du monde, en remplir son panier, s’en farcir la figure et puis en ramener pour en faire cadeau, le juste résultat d’acide et de soleil, de sucre et de saveur en robe de vermeil, petits globes juteux agglutinés sauvages sur ce gros globe immense qui roule sous nos pas, qui croule sous nos tas de molécules informes,

sous ces tonnes de sable amassées en béton, et sous ces « fondations » crépies de trucs armés, armées de grandes tiges et autant de barrières, de clôtures, de murs, de ce qui fait fondre notre rapport au monde en mettant du bazar entre soi et la terre, ce qui nous place hors sol, en cage en pavillons, un enfer tout pavé de bonnes intentions mais tout brisé de cases uniquement reliées par le flux des eaux crades, du gaz, de l’électrique, de la fibre bien sûr mais où plus rien ne vibre que les tremblements seuls de la géologie, je vois tous ces machins et je ne sais quoi d’autre et je dévie, voilà, je n’en parlerai pas.


Je parlerai des chants et puis des harmoniques, de strophes, de sonnets, de rimes embrassées, de ce qui tourne rond, du papier à musique, de tous les chœurs, les cors, les corps entrelacés sur la piste de danse en façon de chorale, où les bras où les jambes où tous les mouvements se marient sans souci à ce que l’on entend, portés qu’ils sont soudain par la beauté du monde, emportés par les arts des âmes vagabondes qui ont bien intégré que l’essentiel était dans quelques superflus, les notes et les mots posés sans retenue mais agencés toujours en ordre délicat, en ordre dispersé

dans un ordre en folie surtout pas militaire, dans un ordre pourtant qui fait tourner la Terre en mettant l’émotion au centre, tout le temps, l’émotion comme but, moyen, espace et temps, couronne de survie de tout règne animal,

ne parlons plus d’humain, pas plus d’humanité, certes il est beau ce mot si plein de bienveillance et aussi de tendresse et aussi de respect, mais il nous a porté tout au faîte d’un toit qui n’est jamais posé que trop haut pour nos culs,

et nous sommes ce chat perdu en haut de l’arbre, effrayé et transi toutes griffes dehors, qui miaule un peu trop fort de travers et à tort, qui ne sait pas du tout comment il va descendre après s’être trompé sur sa propre valeur,

mais lui retombera peut-être sur ses pattes, nous sommes plus perchés et bien plus limités, nous pouvons nous targuer de notre humanité si tant est qu’il en reste encore quelque chose, et on peut en douter, et l’animalité qui est notre nature tend à se confronter à sa déconfiture vu le peu de cas qu’on en fait, alors cette distinction ingénue et tenace, saugrenue et vorace, « des animaux et des hommes », je n’en parlerai pas.


Je parlerai des joies qui souvent se dérobent, du goût précieux parfois dont un détail s’enrobe, et de tous les succès qui passent inaperçus. Des sourires qui sont devinés sous les masques, des petites victoires emportées sans qu’on casque, sans qu’on douille, comme ça, qu’on gagne incognito sur ce qui nous semblait être un creux de l’ego.

Je parlerai d’espoir même si ça fait rire, d’ailleurs c’est bien de ça dont on aura besoin, rire faux rire jaune mais parfois rire bien, à gorge déployée en se tenant les côtes, en se forçant un peu pour que ça nous emporte, rire d’écouter rire, rire de respirer, rire juste sentir nos dos se redresser, devant l’inopiné l’absurde ou l’incertain, désinspirer de rire en exhal’tant demain.

Rêvolution

Je rêve et j’ai envie que tout se réalise
Je laisse mes pensées errer sur le décor
J’embrasse de mes vœux les faibles et les forts
Et aimerais glisser la joie dans leurs valises

Je rêve et les attentes attention s’éternisent
Nous remettons souvent, procrastinons encor
Notre temps est d’argent et nos idées sont d’or
Allons cueillir l’envie qui toujours les aiguise

Des rêves, des idées, c’est du pareil au même
Le soleil va cogner aussi fort que l’on aime
Autant tous se croiser sans se cogner dessus

La bienveillance aussi inondera les rues
N’enfouissons pas nos rêves aux pieds des chrysanthèmes
Et donnons à chacun la chance d’être é-mû.

Deux sons de croche

Me remettre à lire, lire comme quand j’étais adolescente, comme quand le temps s’étirait langoureusement et moi avec, sur la fraicheur d’un dessus de lit, à l’écart à l’étage dans le gîte loin du tintement des couverts, la tête au-dessus du bouquin et la main au-dessus des chips,

lire comme si je pouvais m’ensevelir sous ces pages, m’oublier dans les interlignes, comme si les littératures redevenaient ma grotte, mon antre et mon royaume, comme si je pouvais revenir à cette abstraction de la réalité qui était la mienne à l’époque, sans souci de l’effondrement, sans souci du sifflement significatif de cette cocotte-minute toute remplie de chair de poule, faire comme si la vie allait continuer de s’écouler tranquillou bilou

sans qu’il faille accélérer les stages de la débrouille et l’accroissement ou à défaut le maintien des compétences cognitives, booster sa mémoire, doubler, tripler, quadrupler les cordes à son arc pour en anticiper une espèce de luth, devenir soi-même objet de renaissance afin d’adoucir les mœurs à venir, éviter de glisser de branleuse en brainless, en soignant ses synapses face à ce synoptique agrégé de collapse afin de se parer et de se préparer, en avoir dans le crâne en avoir dans les tripes puisque ces deux trucs-là fonctionnent de concert
sans qu’il faille faire tout ça, donc.

Juste lire. Se délivrer de la pression. Se livrer à ce noble versant de procrastination. En attaquer la descente. Ou la montée, qui sait.

Alors, le lyre, ou la luth ?

L’a dit gaga

Il a des yeux comme des billes
Et un petit menton tout rond
Des lèvres en cœur rose vanille
Et un caca jaune bonbon.
Il met le quotidien en vrille
Les couleurs à califourchon,
C'est un garçon, c'est une fille,
C'est une fille ou un garçon
C'est un détail, une vétille :
C'est avant tout un champignon,
Une souris, une brindille,
Un petit chat, un polisson,
Une merveille, une chenille,
Un adorable papillon,
Qui s'agite et qui se tortille,
Qui bat des ailes et du croupion.
Il s'entoure de pacotilles
Issues de tout plein de maisons.
On le câline et on l'habille,
On le prend quand il est ronchon,
Les bras de toute la famille
Deviennent berceaux et cocons
Tout le reste devient broutille
Face aux sourires du fiston.
Un poème qui doit dater du mitan des années 2010 ! Il tombe un peu à plat sur la fin, mais je pense que je devais saturer de passer de Castille en Aragon...

Batterie de plein air

Il avait le mollet fier, le front dégarni
Bien qu'ayant la vue brouillée, la trouva coquette
En dansant de ses orteils fit une omelette
Elle se vengea d'un soufflet et de mots fleuris

"Hé vas-y tronche de cake, je suis pas ta poule
Va te faire cuire un steak sous les mimosas
On n'écrase pas mes pieds sans m'casser les noix
Pour monter la mayonnaise, j'ai connu plus cool."

La quiche était repartie, regard d'incendie,
Il en garda l’œil poché et l'air mal à l'aise
Il aurait fallu marcher comme sur des braises
S'aplatir comme une crêpe, alors il se dit :

Si je ne veux pas à Pâques être en ma coquille
Bonne pâte que je suis, ma foi d'animal,
Je dois devenir un dur, un vrai à cheval
Et ne pas rester tout blanc en face des filles

Je leur tiendrai tête d’œuf, langue bien pondue
on verra d'elles ou de moi, qui succombera ?
Pour peu qu'elles goûtent à mon soufflé chocolat
Elles en feront tout un flan de mes flancs dodus !
Poème avicole daté de janvier 2016,
à consommer de préférence avant la faim.

Délit de face, yes !

Si c'était à refaire, je ferais Le pingouin
En costard et mimant Les Dalton à la noce
Disant Le temps qu'il fait, glosant sur les carrosses,
Le nombre de chevaux de la Rolls à machin


Dans L'empire des loups, je suivrais Le Parfum
Je me vautrerais dans Le plus beau des mensonges
Les Saveurs assassines au bout de notre longe
Quand Les rois sans visage au fond ne font plus qu'un


Mais j'ai toujours aimé Le trombone du diable
Et de la liberté entendre Les canons
Je me suis donc sapé, La vache, comme un con
On me l'a reproché, ah ça, Les misérables !


Ils auraient tous voulu soit Le lapin de Pâques,
Soit Le Cavalier blanc, le Premier de la classe,
Hé bien, ils m'ont eu Moi! Et alors, qu 'ils s'y fassent,
Les goûts et Les couleurs me rendent tout patraque


J'ai toujours préféré choisir Le Clan de l'ours
des cavernes, un Voyage au centre de la terre
Et balancerais bien, après Le premier verre
Un peu Mon gros dico quelque part dans leurs bourses


Parce que dans Le jardin potager, tout à l'heure
Ils l'ont tous décrété : je suis un Mauvais frère
Qui a L'Instinct du mal et Mauvaises manières :
J'avais pas de cravate au mariage à ma sœur.
Celui-là, c'était en 2016, un concours organisé par la bib de Mésanger dans le 44. Texte arrivé 1er / 12, il faut dire que la contrainte était de caler dedans un certain nombre (je ne me souviens plus de combien) de titres d'ouvrages désherbés (c'est-à-dire retirés des collections) à piocher à son gré dans la longue liste proposée sur une page en annexe.
Alors forcément, ça donne un truc qui relève plus de l'exercice de style que du petit ruisseau limpide de la poésie sur son lit de mousse fleuri.
Le titre est d'aujourd'hui, mais surtout des Wriggles. 

Les pétillantes prunelles de Prune

De ses yeux menthe à l'eau à ton cœur grenadine
Il n'y a qu'un seul trait quelque peu lie de vin
Toute enivrée de lui, toute grisée soudain
Tu vires vert bouteille à te sentir encline


À devenir tomate et jusqu'à aubergine
Ou bien rouge écrevisse ou bien rose bonbon
Devant son air mignon, son maintien polisson
Et puis son teint de pêche, et sa voix cristalline...


Comme il est à croquer, fais-toi donc sa gourmande
Pour ses lèvres groseille et ses yeux en amande
Car des coquilles d’œuf il faut les blancs casser


Afin que pour parfaire une belle omelette
Prune, pistache, orange, et framboise, et noisette
Tout ce bel arc-en-ciel finisse en bleu dragée.
(Texte arrivé 3ème sur "une dizaine" (en langage organisateur ça doit vouloir dire 8 ou 9) au concours organisé par la médiathèque de Fresnes-sur-Marne en 2014. 10 € en chèque cadeau, mazal tov. Mais bon, le thème étant "Couleurs", on peut considérer que j'ai tout donné, là. Jusqu'à l'indigestion cucul, certes, mais dans le thème à fond les ballons !)

Entrelacs et montagnes

En passant près du lac Léman
J'avais zieuté une donzelle
Une terrible, une de celles
Qui laissent moite et pantelant


Je m'en étais sitôt voulu
D'avoir pris tant de liberté
A laisser mes yeux égarés
Se pâmer devant l'ingénue


Qui ne l'était sans doute guère
Du moins pas plus que ne le suis
C'est quoi cette expression moisie
Qui traîne en mon vocabulaire ?


Nulle ingénue, nulle donzelle
On ne dit plus mademoiselle
Et je m'en satisfais bien prou


Cette dame était sans conteste
Mon égale, en plus ou moins peste
Et en plus ou moins perle itou


Puisque de l'Amour jusqu'au Tibre
Si, oui, les femmes sont nées libres
Car Nature n'est pas si sotte
L'homme ne tombe en esclavage
Que quand il se croit si sauvage
Qu'il les lui faudrait sous sa botte


J'ai donc brisé toutes mes chaînes
J'ai regardé droit dans ses yeux
Elle a fait pareil, c'était mieux,
Et depuis lors on se promène.
(Texte arrivé 3ème sur une cinquantaine au concours organisé par la médiathèque d'Annemasse en 2014. Il fallait caler la phrase soulignée. J'ai reçu si je me souviens bien un livre de haïkus, un sac en toile (c'était avant qu'on parle de tote bag) aux jolies couleurs de la médiathèque ainsi qu'une inscription à icelle, dans laquelle je n'ai jamais eu l'occasion de mettre les pieds, mais le cœur y est !)