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Au commencement était… le début

Je commence demain, je fais ça tous les jours, je fais tout à rebours il y a toujours mieux et toujours autre chose,

je fonce à haute dose vers des commencements en laissant tout en plan, tous ces trucs qui me narguent, tous ces gens qui se targuent sans cesse d’avoir fait ce qu’ils ont entrepris, je fais l’inachevé suis-je l’inachevée, suis-je l’inachevante un tantinet déviante qui ne se satisfait jamais du droit chemin, prend toujours la tangente et la triangulaire, la route circulaire pour passer tout autour

de la dernière chose à faire, en commencer une autre avoir plein de projets et plein de bons apôtres qui hurlent dans la tête, fais ceci fais cela et ça, ça en est où ?

Je me double, me dédouble, me trouble et d’un coup Attention je suis précipité dans un de mes nombreux tubes à essais, je m’en sors et regarde et laisse mariner des décompositions, je les verrai plus tard, ou bien les vois toujours, ah ça c’est pas fini c’est un peu comme moi, je suis l’inachevée le monde tout partout est plein d’inachevé, mobilis mobile, ça pousse se trémousse et pas de point final

ou alors pas encore, et des cases pourtant pour toutes nos idées pour y mettre des gens, elles sont bien finies pourtant ces cases-là, tout bien délimitées dans nos cerveaux étroits, elles s’empilent et s’emboitent et prennent de la place et se casent la gueule et se rient de la nôtre qui se demande bien s’il faudrait

en sortir, s’extraire de sa case et achever un truc, mais je me suis toujours sentie non violente, je ne veux achever rien ni personne, peut-être que quelque part, dans un recoin secret des mes imaginaires, dans un coffre rouillé dont j’ai jeté la clé par delà la mémoire, se cache un préjugé brillant comme une perle qui dirait que finir, c’est un peu en finir, et ça…

pas tout de suite, alors les fins, j’évite et je marche au milieu de mes faits à moitié.

C’est l’histoire d’une girafe qui a perdu ses tâches

Oh la la, patatras, où sont parties mes tâches, là ?
Elle appelle une colorieuse qui prend ses crayons
et qui colorie les tâches marrons
Gribouillis, gribouillas, des tâches en revoilà
Mais dès la première pluie, sapristi, les tâches sont reparties !
Elle téléphone à un peintre qui prend ses pinceaux
Qui met du marron dans un seau
Turluri, turlura, des tâches en revoilà
Mais dès la première pluie, ça suffit, les tâches sont reparties !
Malgré sa déconvenue
la girafe est retenue
par une idée inattendue
Elle attrape museau tendu
ses vieilles lunettes de vue :
les tâches sont revenues !

(improvisé lors d’un brossage de dents de fiston) (comptine ma copine)

L’archet de Noah

Chi va piano va sano, mais c’est prestissimo,

Les cornes dans les brumes,

Qu’on ne sait par quel bout attraper le taureau,

Le marteau sur l’enclume ;

Quand l’avenir nous gratte, pisser dans un violon

Pour chercher l’harmonie

Parmi les requiem et la pire oraison

Sous les cuivres puissants de nos lobbytomies

Et pourtant nous pouvons, de partitions nouvelles,

Traire les mélodrames, braire des mélodies,

Balancer le pipeau par delà les buissons

Crever l’abcès de nos dissonances plurielles

Régénérer partout les instruments de vie

Et viser le pouvoir de réorchestration.

(La bande son : « Love of an orchestra », The First Days of Spring, Noah and the Whale, 2009)

« Everything you want is on the other side of fear »

Frightened afraid effrayé, se frayer un chemin à travers la frousse froide, l’effroi en devient chaud, c’est chaud d’avoir les foies, la peur ne nous fait pas « Peuh! » mais tout un tas de « Bouh! »

et puis ça bout ça bout on n’en voit pas le bout, on se fait de la bile, on a la bile en tête on fonce forcenés vers le miroir aux alouettes qui s’entête à chanter que je te plumerai.

On est frigorifiés, frappés par la terreur on se retrouve à terre, à taire nos aigreurs les veilles de nos guerres, de tous les jours, Hardi, Allons, Majusculisons-Nous, plantons-là nos boucliers et dressons fiers nos Cous, il en va de la foi au-dessus de la foire, il en va de la vie au-delà de nos vices, l’action sur le chemin bientôt des sacrifices nous consolera mieux que tous les artifices…

(vieux proème recuisiné à la sauce 2021)

Projection privée

Tu vois je t’aime un peu comme on ferme les yeux face au soleil brûlant
Un peu à reculons et toujours à tâtons, je goûte mon présent
Je le domine bien, je le tiens dans la main, à quoi bon l’avenir ?
Je le vois incertain, il est mieux, c’est certain, à quoi bon y courir ?
Je marche l’œil fermé pas pressée d’arriver si je sais qu’il existe
L’avenir, ou bien lui, dans les deux cas, ça luit dans mes rêves autistes
Je resterai fichée dans mes joies affichées de liberté sur pattes
Il en faudra du vent pour m’arracher, vraiment, un joli coup de latte,
Un éclair, du génie, que sais-je ou que nenni, je me plante peut-être
Suis-je un chêne un roseau un vilain p’tit oiseau sur la branche d’un hêtre?
J’aime trop tout, trop peu et je rouvre les yeux je me plais dans la lune
Et ce halo brumeux ce concert silencieux sont toute ma fortune
Ainsi nul ne me nuit j’arpenterai mes nuits toujours à l’abordage
De ces joyaux passants que sont ces doux instants où tout devient mirage.

Poème du 16 mai 2008, une époque où il était easy de déambuler de nuit dans les rues de Paris. J’aime toujours son adresse à personne en particulier ou à la vie en général, et sa musique douce-amère des fiertés solitaires qui ne se drapent jamais mieux que dans leur fuite.

Quelques Vers où parler ?

Je parlerai des roses, je parlerai des fleurs et puis des libellules, de leurs ailes graciles, des chouettes qui hululent et des merles moqueurs qui viennent par poignées picorer nos jardins, picorer tous les grains qu’ils pourront y trouver.

Je parlerai de ça, de ces graines qui germent, de sources, de fontaines et des petits ruisseaux, de la fraicheur qu’ils font en courant sur la peau, caresse permanente et toute enveloppante des mains qui s’y ébrouent.

Je parlerai de ça, des courants d’ondes pures, de prairies, de nature et de tout ce plaisir qu’il y a quelquefois à s’écorcher les bras pour attraper des mûres, quelques égratignures comme pour se frotter à la rugosité un peu sucré du monde, en remplir son panier, s’en farcir la figure et puis en ramener pour en faire cadeau, le juste résultat d’acide et de soleil, de sucre et de saveur en robe de vermeil, petits globes juteux agglutinés sauvages sur ce gros globe immense qui roule sous nos pas, qui croule sous nos tas de molécules informes,

sous ces tonnes de sable amassées en béton, et sous ces « fondations » crépies de trucs armés, armées de grandes tiges et autant de barrières, de clôtures, de murs, de ce qui fait fondre notre rapport au monde en mettant du bazar entre soi et la terre, ce qui nous place hors sol, en cage en pavillons, un enfer tout pavé de bonnes intentions mais tout brisé de cases uniquement reliées par le flux des eaux crades, du gaz, de l’électrique, de la fibre bien sûr mais où plus rien ne vibre que les tremblements seuls de la géologie, je vois tous ces machins et je ne sais quoi d’autre et je dévie, voilà, je n’en parlerai pas.


Je parlerai des chants et puis des harmoniques, de strophes, de sonnets, de rimes embrassées, de ce qui tourne rond, du papier à musique, de tous les chœurs, les cors, les corps entrelacés sur la piste de danse en façon de chorale, où les bras où les jambes où tous les mouvements se marient sans souci à ce que l’on entend, portés qu’ils sont soudain par la beauté du monde, emportés par les arts des âmes vagabondes qui ont bien intégré que l’essentiel était dans quelques superflus, les notes et les mots posés sans retenue mais agencés toujours en ordre délicat, en ordre dispersé

dans un ordre en folie surtout pas militaire, dans un ordre pourtant qui fait tourner la Terre en mettant l’émotion au centre, tout le temps, l’émotion comme but, moyen, espace et temps, couronne de survie de tout règne animal,

ne parlons plus d’humain, pas plus d’humanité, certes il est beau ce mot si plein de bienveillance et aussi de tendresse et aussi de respect, mais il nous a porté tout au faîte d’un toit qui n’est jamais posé que trop haut pour nos culs,

et nous sommes ce chat perdu en haut de l’arbre, effrayé et transi toutes griffes dehors, qui miaule un peu trop fort de travers et à tort, qui ne sait pas du tout comment il va descendre après s’être trompé sur sa propre valeur,

mais lui retombera peut-être sur ses pattes, nous sommes plus perchés et bien plus limités, nous pouvons nous targuer de notre humanité si tant est qu’il en reste encore quelque chose, et on peut en douter, et l’animalité qui est notre nature tend à se confronter à sa déconfiture vu le peu de cas qu’on en fait, alors cette distinction ingénue et tenace, saugrenue et vorace, « des animaux et des hommes », je n’en parlerai pas.


Je parlerai des joies qui souvent se dérobent, du goût précieux parfois dont un détail s’enrobe, et de tous les succès qui passent inaperçus. Des sourires qui sont devinés sous les masques, des petites victoires emportées sans qu’on casque, sans qu’on douille, comme ça, qu’on gagne incognito sur ce qui nous semblait être un creux de l’ego.

Je parlerai d’espoir même si ça fait rire, d’ailleurs c’est bien de ça dont on aura besoin, rire faux rire jaune mais parfois rire bien, à gorge déployée en se tenant les côtes, en se forçant un peu pour que ça nous emporte, rire d’écouter rire, rire de respirer, rire juste sentir nos dos se redresser, devant l’inopiné l’absurde ou l’incertain, désinspirer de rire en exhal’tant demain.

Rêvolution

Je rêve et j’ai envie que tout se réalise
Je laisse mes pensées errer sur le décor
J’embrasse de mes vœux les faibles et les forts
Et aimerais glisser la joie dans leurs valises

Je rêve et les attentes attention s’éternisent
Nous remettons souvent, procrastinons encor
Notre temps est d’argent et nos idées sont d’or
Allons cueillir l’envie qui toujours les aiguise

Des rêves, des idées, c’est du pareil au même
Le soleil va cogner aussi fort que l’on aime
Autant tous se croiser sans se cogner dessus

La bienveillance aussi inondera les rues
N’enfouissons pas nos rêves aux pieds des chrysanthèmes
Et donnons à chacun la chance d’être é-mû.

Deux sons de croche

Me remettre à lire, lire comme quand j’étais adolescente, comme quand le temps s’étirait langoureusement et moi avec, sur la fraicheur d’un dessus de lit, à l’écart à l’étage dans le gîte loin du tintement des couverts, la tête au-dessus du bouquin et la main au-dessus des chips,

lire comme si je pouvais m’ensevelir sous ces pages, m’oublier dans les interlignes, comme si les littératures redevenaient ma grotte, mon antre et mon royaume, comme si je pouvais revenir à cette abstraction de la réalité qui était la mienne à l’époque, sans souci de l’effondrement, sans souci du sifflement significatif de cette cocotte-minute toute remplie de chair de poule, faire comme si la vie allait continuer de s’écouler tranquillou bilou

sans qu’il faille accélérer les stages de la débrouille et l’accroissement ou à défaut le maintien des compétences cognitives, booster sa mémoire, doubler, tripler, quadrupler les cordes à son arc pour en anticiper une espèce de luth, devenir soi-même objet de renaissance afin d’adoucir les mœurs à venir, éviter de glisser de branleuse en brainless, en soignant ses synapses face à ce synoptique agrégé de collapse afin de se parer et de se préparer, en avoir dans le crâne en avoir dans les tripes puisque ces deux trucs-là fonctionnent de concert
sans qu’il faille faire tout ça, donc.

Juste lire. Se délivrer de la pression. Se livrer à ce noble versant de procrastination. En attaquer la descente. Ou la montée, qui sait.

Alors, le lyre, ou la luth ?

L’a dit gaga

Il a des yeux comme des billes
Et un petit menton tout rond
Des lèvres en cœur rose vanille
Et un caca jaune bonbon.
Il met le quotidien en vrille
Les couleurs à califourchon,
C'est un garçon, c'est une fille,
C'est une fille ou un garçon
C'est un détail, une vétille :
C'est avant tout un champignon,
Une souris, une brindille,
Un petit chat, un polisson,
Une merveille, une chenille,
Un adorable papillon,
Qui s'agite et qui se tortille,
Qui bat des ailes et du croupion.
Il s'entoure de pacotilles
Issues de tout plein de maisons.
On le câline et on l'habille,
On le prend quand il est ronchon,
Les bras de toute la famille
Deviennent berceaux et cocons
Tout le reste devient broutille
Face aux sourires du fiston.
Un poème qui doit dater du mitan des années 2010 ! Il tombe un peu à plat sur la fin, mais je pense que je devais saturer de passer de Castille en Aragon...