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Quelques Vers où parler ?

Je parlerai des roses, je parlerai des fleurs et puis des libellules, de leurs ailes graciles, des chouettes qui hululent et des merles moqueurs qui viennent par poignées picorer nos jardins, picorer tous les grains qu’ils pourront y trouver.

Je parlerai de ça, de ces graines qui germent, de sources, de fontaines et des petits ruisseaux, de la fraicheur qu’ils font en courant sur la peau, caresse permanente et toute enveloppante des mains qui s’y ébrouent.

Je parlerai de ça, des courants d’ondes pures, de prairies, de nature et de tout ce plaisir qu’il y a quelquefois à s’écorcher les bras pour attraper des mûres, quelques égratignures comme pour se frotter à la rugosité un peu sucré du monde, en remplir son panier, s’en farcir la figure et puis en ramener pour en faire cadeau, le juste résultat d’acide et de soleil, de sucre et de saveur en robe de vermeil, petits globes juteux agglutinés sauvages sur ce gros globe immense qui roule sous nos pas, qui croule sous nos tas de molécules informes,

sous ces tonnes de sable amassées en béton, et sous ces « fondations » crépies de trucs armés, armées de grandes tiges et autant de barrières, de clôtures, de murs, de ce qui fait fondre notre rapport au monde en mettant du bazar entre soi et la terre, ce qui nous place hors sol, en cage en pavillons, un enfer tout pavé de bonnes intentions mais tout brisé de cases uniquement reliées par le flux des eaux crades, du gaz, de l’électrique, de la fibre bien sûr mais où plus rien ne vibre que les tremblements seuls de la géologie, je vois tous ces machins et je ne sais quoi d’autre et je dévie, voilà, je n’en parlerai pas.


Je parlerai des chants et puis des harmoniques, de strophes, de sonnets, de rimes embrassées, de ce qui tourne rond, du papier à musique, de tous les chœurs, les cors, les corps entrelacés sur la piste de danse en façon de chorale, où les bras où les jambes où tous les mouvements se marient sans souci à ce que l’on entend, portés qu’ils sont soudain par la beauté du monde, emportés par les arts des âmes vagabondes qui ont bien intégré que l’essentiel était dans quelques superflus, les notes et les mots posés sans retenue mais agencés toujours en ordre délicat, en ordre dispersé

dans un ordre en folie surtout pas militaire, dans un ordre pourtant qui fait tourner la Terre en mettant l’émotion au centre, tout le temps, l’émotion comme but, moyen, espace et temps, couronne de survie de tout règne animal,

ne parlons plus d’humain, pas plus d’humanité, certes il est beau ce mot si plein de bienveillance et aussi de tendresse et aussi de respect, mais il nous a porté tout au faîte d’un toit qui n’est jamais posé que trop haut pour nos culs,

et nous sommes ce chat perdu en haut de l’arbre, effrayé et transi toutes griffes dehors, qui miaule un peu trop fort de travers et à tort, qui ne sait pas du tout comment il va descendre après s’être trompé sur sa propre valeur,

mais lui retombera peut-être sur ses pattes, nous sommes plus perchés et bien plus limités, nous pouvons nous targuer de notre humanité si tant est qu’il en reste encore quelque chose, et on peut en douter, et l’animalité qui est notre nature tend à se confronter à sa déconfiture vu le peu de cas qu’on en fait, alors cette distinction ingénue et tenace, saugrenue et vorace, « des animaux et des hommes », je n’en parlerai pas.


Je parlerai des joies qui souvent se dérobent, du goût précieux parfois dont un détail s’enrobe, et de tous les succès qui passent inaperçus. Des sourires qui sont devinés sous les masques, des petites victoires emportées sans qu’on casque, sans qu’on douille, comme ça, qu’on gagne incognito sur ce qui nous semblait être un creux de l’ego.

Je parlerai d’espoir même si ça fait rire, d’ailleurs c’est bien de ça dont on aura besoin, rire faux rire jaune mais parfois rire bien, à gorge déployée en se tenant les côtes, en se forçant un peu pour que ça nous emporte, rire d’écouter rire, rire de respirer, rire juste sentir nos dos se redresser, devant l’inopiné l’absurde ou l’incertain, désinspirer de rire en exhal’tant demain.

Rêvolution

Je rêve et j’ai envie que tout se réalise
Je laisse mes pensées errer sur le décor
J’embrasse de mes vœux les faibles et les forts
Et aimerais glisser la joie dans leurs valises

Je rêve et les attentes attention s’éternisent
Nous remettons souvent, procrastinons encor
Notre temps est d’argent et nos idées sont d’or
Allons cueillir l’envie qui toujours les aiguise

Des rêves, des idées, c’est du pareil au même
Le soleil va cogner aussi fort que l’on aime
Autant tous se croiser sans se cogner dessus

La bienveillance aussi inondera les rues
N’enfouissons pas nos rêves aux pieds des chrysanthèmes
Et donnons à chacun la chance d’être é-mû.

L’a dit gaga

Il a des yeux comme des billes
Et un petit menton tout rond
Des lèvres en cœur rose vanille
Et un caca jaune bonbon.
Il met le quotidien en vrille
Les couleurs à califourchon,
C'est un garçon, c'est une fille,
C'est une fille ou un garçon
C'est un détail, une vétille :
C'est avant tout un champignon,
Une souris, une brindille,
Un petit chat, un polisson,
Une merveille, une chenille,
Un adorable papillon,
Qui s'agite et qui se tortille,
Qui bat des ailes et du croupion.
Il s'entoure de pacotilles
Issues de tout plein de maisons.
On le câline et on l'habille,
On le prend quand il est ronchon,
Les bras de toute la famille
Deviennent berceaux et cocons
Tout le reste devient broutille
Face aux sourires du fiston.
Un poème qui doit dater du mitan des années 2010 ! Il tombe un peu à plat sur la fin, mais je pense que je devais saturer de passer de Castille en Aragon...

Batterie de plein air

Il avait le mollet fier, le front dégarni
Bien qu'ayant la vue brouillée, la trouva coquette
En dansant de ses orteils fit une omelette
Elle se vengea d'un soufflet et de mots fleuris

"Hé vas-y tronche de cake, je suis pas ta poule
Va te faire cuire un steak sous les mimosas
On n'écrase pas mes pieds sans m'casser les noix
Pour monter la mayonnaise, j'ai connu plus cool."

La quiche était repartie, regard d'incendie,
Il en garda l’œil poché et l'air mal à l'aise
Il aurait fallu marcher comme sur des braises
S'aplatir comme une crêpe, alors il se dit :

Si je ne veux pas à Pâques être en ma coquille
Bonne pâte que je suis, ma foi d'animal,
Je dois devenir un dur, un vrai à cheval
Et ne pas rester tout blanc en face des filles

Je leur tiendrai tête d’œuf, langue bien pondue
on verra d'elles ou de moi, qui succombera ?
Pour peu qu'elles goûtent à mon soufflé chocolat
Elles en feront tout un flan de mes flancs dodus !
Poème avicole daté de janvier 2016,
à consommer de préférence avant la faim.