Archives pour la catégorie Lundi

Les pétillantes prunelles de Prune

De ses yeux menthe à l'eau à ton cœur grenadine
Il n'y a qu'un seul trait quelque peu lie de vin
Toute enivrée de lui, toute grisée soudain
Tu vires vert bouteille à te sentir encline


À devenir tomate et jusqu'à aubergine
Ou bien rouge écrevisse ou bien rose bonbon
Devant son air mignon, son maintien polisson
Et puis son teint de pêche, et sa voix cristalline...


Comme il est à croquer, fais-toi donc sa gourmande
Pour ses lèvres groseille et ses yeux en amande
Car des coquilles d’œuf il faut les blancs casser


Afin que pour parfaire une belle omelette
Prune, pistache, orange, et framboise, et noisette
Tout ce bel arc-en-ciel finisse en bleu dragée.
(Texte arrivé 3ème sur "une dizaine" (en langage organisateur ça doit vouloir dire 8 ou 9) au concours organisé par la médiathèque de Fresnes-sur-Marne en 2014. 10 € en chèque cadeau, mazal tov. Mais bon, le thème étant "Couleurs", on peut considérer que j'ai tout donné, là. Jusqu'à l'indigestion cucul, certes, mais dans le thème à fond les ballons !)

Entrelacs et montagnes

En passant près du lac Léman
J'avais zieuté une donzelle
Une terrible, une de celles
Qui laissent moite et pantelant


Je m'en étais sitôt voulu
D'avoir pris tant de liberté
A laisser mes yeux égarés
Se pâmer devant l'ingénue


Qui ne l'était sans doute guère
Du moins pas plus que ne le suis
C'est quoi cette expression moisie
Qui traîne en mon vocabulaire ?


Nulle ingénue, nulle donzelle
On ne dit plus mademoiselle
Et je m'en satisfais bien prou


Cette dame était sans conteste
Mon égale, en plus ou moins peste
Et en plus ou moins perle itou


Puisque de l'Amour jusqu'au Tibre
Si, oui, les femmes sont nées libres
Car Nature n'est pas si sotte
L'homme ne tombe en esclavage
Que quand il se croit si sauvage
Qu'il les lui faudrait sous sa botte


J'ai donc brisé toutes mes chaînes
J'ai regardé droit dans ses yeux
Elle a fait pareil, c'était mieux,
Et depuis lors on se promène.
(Texte arrivé 3ème sur une cinquantaine au concours organisé par la médiathèque d'Annemasse en 2014. Il fallait caler la phrase soulignée. J'ai reçu si je me souviens bien un livre de haïkus, un sac en toile (c'était avant qu'on parle de tote bag) aux jolies couleurs de la médiathèque ainsi qu'une inscription à icelle, dans laquelle je n'ai jamais eu l'occasion de mettre les pieds, mais le cœur y est !)

Let it bit

Laissez-les, ciselés, glisser sur le saisi
Les syllabes zélées, les sizains cramoisis,

Déshabillez ces cils faits de pattes de mouche,
Faites que d'un clin d’œil ces valseuses nous touchent

Faites les valdinguer jusqu'à la frénésie
Que leur aise nous plaise et nous laisse transis

Qu'elle fusent vers nous en vives escarmouches
Et fassent saliver les bravos dans nos bouches

Et que levant nos yeux et nos mains à ces rires
Nous disions : "Saleté! J'aurais aimé l'écrire."
(Celui-là, il était déjà présent dans le recueil Démo de 2006 je pense. Je l'avais présenté au concours du Printemps des Poètes 2014 sur le thème "Au cœur des Arts" organisé par la Sémitag (équivalent Tisséo-Ratp de Grenoble), et j'avais reçu un recueil dans lequel mon texte figurait parmi les 30 retenus sur 234 participants toutes catégories confondues). Je viens de voir que je l'avais intitulé "Dix vers levés à l'art debout", je sais pas bien pourquoi. Je préfère l'actuel, il glorifie moins la picole. C'est important, la retenue, en littérature.)

Grandir

La rive et la vallée, la ville et puis les rails

Je suis toute vrillée par la perte du vert

Je vire, balayée par le vent de l’hiver,

Et volte dans des rues où le crépi s’écaille

La rive était jolie dans ses moindres détails

La vallée regorgeait de délices divers

La ville se flétrit sous l’oeil des lampadaires

Les rails sont enterrés sous la foule qui braille

Il n’est point de saison où ne pense à ma rive

Enclavée j’y rimais sans souci ni raison

Rêvant dans la vallée de bonheurs à foison

Désormais dans ma vie, dans ma ville j’arrive

Ma grande liberté à présent me captive

Et je fais de mes rêves une résurrection.

Elle nous suit, nous précède et sans fin nous salue

Doux soutien, douce mère elle avance avec nous quand on oublie nos pas

Jamais ne se défile et toujours se faufile entre deux cheminées

Lever les yeux au ciel parce que c’est incroyable

Lever les yeux au ciel parce que c’est si absurde

Et puis lever aussi les yeux pour la chercher

Pour, avec elle, apprendre à nouveau à marcher.

Jamais ne nous aveugle et toujours nous attire

Nous autres, naufragés aux rives de nos rêves

Nous voulons sa marée, ne plus être amarrés et rejoindre les flots

La lune est objectif et on marche dessus et on marche dessous

Et sens dessus-dessous

Nous jetons à l’envers

Nos yeux fascinés vers

La lune, seul endroit

Où tout est à l’endroit.