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Petits coups d’œil sur les armes pour se faire la main et sur les projets à faire avancer

Key êtes-vous ?

Écrit en bonus d’un atelier d’écriture en ligne. Une amie avait eu la bonne idée de nous donner comme source d’inspiration 4-5 annonces incongrues piochées sur leboncoin, à développer à l’envi. Je m’étais amusée à promouvoir la vente de lapins sauvages. Mais il y avait aussi, sous mes yeux ébahis, cette authentique clé de coffre-fort, mise en vente pour 200 €.

« La voici, la clé de coffre-fort. 200 €. Oui, la clé, pas le coffre-fort. C’est qu’elle date probablement du 17ème siècle. Comment je le sais ? Ben je l’ai toujours vue. Non, je date pas du 17ème siècle. Mais quand même, j’imagine qu’elle était là avant moi. Et avant mes parents, qui n’ont jamais su d’où elle sortait. Et avant mes grands-parents, à qui ça dit vaguement quelque chose mais qui ne peuvent plus m’en apprendre davantage, vous vous doutez bien. Écoutez madame, si on l’a toujours vue, c’est qu’elle y a probablement toujours été. Après tout, je dis 17ème mais ça pourrait être 13ème, auquel cas vous feriez une encore meilleure affaire !

Pourquoi vous soufflez en levant les yeux au ciel comme ça ? Où je l’ai trouvée ? Dans un tiroir, pardi. Oh, un bête tiroir à bordel, avec des bouchons en liège, des élastiques cassés, trois vis, et tout un tas de clés, vous savez, un de ces tiroirs qui servent à rien et qu’on vide une fois par lustre. Hé oui madame, j’ai dit lustre, la période de cinq ans, je suis peut-être pas contrôleuse-antiquaire, mais moi aussi j’ai des lettres et un peu de latin, vous savez. Ah vous êtes historienne ? Bon ben alea jacta est, hein, si vous êtes venue c’est bien qu’elle vous intéressait, cette clé, non ? Bon…

Est-ce qu’il y avait d’autres vieux trucs dans le tiroir ? Ben en tout cas il y avait plein de clés, dont celle là. Elle est jolie, hein ? Clairement, elle se détachait des autres. Des vieux doubles de voiture, des clés de cadenas, des trucs tout rouillés. Y a des vieux qui gardent vraiment n’importe quoi. Mais là, franchement, c’est du bel ouvrage, non ? Sûr que c’est une jolie pièce de collection. Vous voulez savoir dans quel type de tiroir ? Vous êtes de la Gestapo, ou quoi ? Un buffet de formica beige, années 70… Oui non clairement, ça va pas vous aider. Écoutez si je savais en quoi elle était faite, de quand elle datait, ce qu’elle ouvrait à l’époque, tout ça tout ça, vous vous doutez bien que j’aurais pas mis une annonce sur le bon coin.

Mais pourquoi j’ai fait ça ? Ben parce que je me disais que peut-être les gens intéressés allaient m’apprendre quelque chose dessus. Sur le passé de ma famille, si avec cette indice on pouvait savoir s’il y avait eu des riches, ou des nobles, je sais pas. C’est que ça me plairait bien, à moi, de me dire que je suis pas fils de bouseux archi petit-fils de bouseuse. Y a pas de mal ? Ben j’aimerais vous y voir, si j’en suis à essayer de revendre des trésors familiaux c’est que bon… C’est pas festival non plus, hein, et puis y a pas de mal à faire rêver, un peu. Oui c’est pour les deux raisons, cette annonce : rentrer des sous en vendant de jolis rêves, et on sait jamais, apprendre des trucs sur cette fichue clé qui m’a toujours turlupiné parce qu’elle collait pas avec le cadre, et que j’ai jamais retrouvé ce qu’elle pouvait ouvrir, même en retournant la maison. Voilà.

Comment ça, les clients sont pas là pour ça ? Il me faudrait plutôt un psycho-généalogiste ? Oh s’il vous plait, cessez vos sarcasmes, et je le paie avec quoi votre psycho-machinchose, s’il vous plait ? Oui ben voilà, on y revient. 4 séances à 50 €, bingo.
Oh c’est bon madame, j’ai bien compris que vous n’étiez pas intéressés, c’est pas la peine de me faire perdre encore plus de temps. Comment ça c’est la meilleure ? C’est vous qui avez voulu vous déplacer pour la voir, je vous rappelle. Allez basta, j’ai à faire, hein, apparemment c’est pas avec vous que je vais le trouver, mon trésor.

T’façon, j’ai pu envie d’la vendre, cette clé. »

Trez

Voici le dernier numéro (ou pas) de la revue associative que j’avais découvert à travers un concours en 2014, et grâce à laquelle j’ai touché mes premiers droits d’autrice à raison de 26.50 € si mes souvenirs sont bons. C’est modeste, mais un premier contrat signé, un aller-retour de corrections, symboliquement, c’est sympa. FéliCité, le texte retenu sur les 110 reçus figure dans un hors-série non disponible en ligne (tous les lauréats n’étant pas d’accord), mais il est lisible chez la bib partenaire de l’époque.

Par la suite, j’ai participé et fait participer une amie à Lu si… 11. Ce qui m’a valu la fierté de voir mon texte lu par quelqu’une dont je ne connais pas l’identité, ce qui est cool.

Trois petits textes dans un Lu si… Trois p’tits tours et puis s’en vont avec un merci, car c’est preuve que dans cet âpre chemin solitaire qu’est l’écriture, le collectif peut pousser à la plume et faciliter les envols à défauts des envois !

Mission 6 : quand je serai présidente du monde

Ça serait un essai, dans tous les sens du terme, une tentative, poussive ou jouissive, d’appréhender le monde comme un ballon bien ovale, aux rebonds saugrenus, lancé à toute berzingue vers d’innombrables buts, avec dedans des placages de mastodontes du marketing et de la communication, N’est-ce Laid, Danônner ainsi les mêmes inepties, mais il y aurait aussi des morceaux de féminisme, du green, washé ou pas, des coucous fantasmatiques de la méritocratie et des limites qu’il y a à ma zone, des parcours sup de riches pauvres gens, de grands et petits suissidés, et d’une autre question majeure : si tu grandis les pieds dans la merde, deviendras-tu belle plante ou champignon halluciné ?

Pour l’instant il y a plein de matière, plein d’envie, tout un tas de mots à appareiller, à tendre et à étendre, pour en faire un cri puissant, un chant formidable qui ne demande qu’à être tonné et entonné.

Fantaysie

C’est l’histoire d’une elfe qui se baladait dans un monde d’elfes avec un chapeau de travers. Pourquoi ? Parce qu’il avait une oreille ronde. La droite. Une petite chose toute mignonnette, mais absolument pas adéquate au regard de son statut d’elfe. à chaque fois qu’il oubliait son chapeau et qu’il croisait quelqu’un, la personne n’en revenait pas et ne regardait plus que ça, comme si c’était un grain de beauté sur le nez, une verrue sur le menton, un trou dans la dentition ou une belle balafre au milieu du front. C’était pourtant bien plus discret, mais assez surprenant, quand même. Parfois il pensait que sa longue chevelure dorée suffirait à ôter cette singularité du regard des autres, mais il avait les cheveux fins et électriques, un brin volants, un poil volatiles, et il était bien rare qu’ils restent tous sagement alignés devant l’arrondi de son oreille pour le masquer à la face du monde.
Cet elfe s’appelait Alfred. Il vivait dans le Michigan des elfes, un pays où sous les gros cailloux, se cachaient des mini-hamburgers de mousse, qui accueillaient soit une sauterelle, soit un grillon. L’insecte s’installait là-dedans, bien confortablement vautré comme dans une couette aussi douce que verdoyante, d’une humidité revigorante et d’une fraicheur vivifiante, et mâchonnait généralement un brin d’herbe en sifflotant qui du Ennio Morricone, qui la BO de Lucky Luke. Jusqu’à ce qu’un elfe, à l’ouïe aussi fine que le pointu de ses oreilles (sauf de celle de droite d’Alfred, bien entendu), soulève le caillou, pince de ses doigts graciles le mini-hamburger moussu, et le porte à sa bouche en faisant un gros scrountch content.
Dans ces cas-là, parfois les grillons et les sauterelles bondissaient, alertes et vifs, les plus rapides de l’ouest, ne laissant sur la langue de l’elfe qu’un malheureux peu de verdure. Parfois ils se faisaient happer et l’on entendait leur dernière complainte, poor lonesome hero derrière les portes du pénitencier, s’éteindre de l’autre côté de la muraille, infranchissable quoique ténue, des petites quenottes blanches du peuple elfique et affamé.
Alfred, ce jour-là, n’avait pas été assez leste, et venait de se retrouver avec dans le gosier non pas un peu de protéines, mais un pauvre bout de salade qui lui restait, qui plus est, un peu en travers. Apparemment, cette saison, la mousse était amère. Tellement amère qu’il en grimaça et eut un petit mouvement de recul, au point d’accrocher son chapeau à une branche de derrière. Mal lui en prit : la branche attrapa le rond de tissu, et ployant sous le poids de la tête qui était encore dedans, ploya tel un ressort avant de rebondir, faisant incessamment valser le couvre-chef jusqu’à une branche autrement plus haute de l’arbre d’en face.
Aïe, se dit Alfred à double titre. Comment vais-je aller récupérer Whoopie ?
En effet, l’elfe, qui arborait par ailleurs une belle veste brodée, avait donné un petit nom sucré à son compagnon de toujours. Pendant qu’il en était à échafauder des idées d’échafaudages, sortit du tronc de l’arbre d’en face un hibou-coucou.
Le hibou-coucou est un de ces animaux dont on ne sait jamais vraiment quand ils ont enfin l’intention de fermer l’œil. Le hibou-coucou ne dort visiblement jamais, et pourtant, il trouve le moyen de ronfler. Il peut piailler des sons aigus à intervalles réguliers, et garder de gros yeux tout ronds sous sa broussaille grisonnante. Il faut bien dire ce qui est, le hibou-coucou est chiant. Toujours à sortir au moment précis où il a l’opportunité de se foutre de votre gueule.
Quoi qu’il en soit, la sortie de ce spécimen précis d’animal hors de son tronc de villégiature fut si soudaine qu’Alfred en fut littéralement renversé, les fesses sur la mousse amère, donc. Et une saillie stridente zébra l’air : « Waouh, trop stylé !! »
Alors que le hibou-coucou se dandinait sur son perchoir en répétant cette enthousiaste interjection d’une voix très adolescente, Whoopie qui avait atterri un peu plus haut lui tomba dessus, et vient, par une coïncidence amusante, recouvrir son oreille droite. Alfred baissa les yeux sur sa veste et se rengorgea fièrement, ce qui est ni plus ni moins un pléonasme, mais quand même, ça lui faisait vraiment plaisir. Le hibou-coucou se marra alors et lança, toujours aussi fort « mais non, pas ta veste de toréador, banane ! C’est ton oreille droite qui est trop stylée ! » Alfred, espanté, avança le cou de façon fort peu gracieuse, ouvrit des yeux carrés et … [to be continued ?]