Archives pour la catégorie Mardi

Petits coups d’œil sur les armes pour se faire la main et sur les projets à faire avancer

Marketblaze (2) Anachronies

Ce 7 décembre, j’ai croisé des galettes des rois : Dieu est mort et chacun prend le trône, raï qu’il n’y ait plus de saison et beaucoup d’accélération mais on pourrait laisser un semblant de repères, comme dirait Sébastien Bohler, ça n’arrête pas de biper dans notre cortex cingulaire.


Pour atténuer la sensation je suis allée vers les boules pralinés bas de gamme, pour retrouver le goût peut-être de mon enfance, de ce qu’on appelait les crottes en chocolat, dans leur boite en carton : je me revois croquer délicatement le disque socle avant d’attaquer la garniture, méthodiquement, avec le manche de la petite cuillère. Elles sont à moins de 5 € le kilo, grosso modo le prix du pain, et je balaie la culpabilité de cette aberration en me réjouissant de cet article concernant la menace de boycott des planteurs ivoiriens.

Dia positivo, gracias al negativo

Prendre six mois dans la vue, retrouver une brise faible de mars sous le soleil de septembre. Ce minuscule épisode de toux qui s’invite pendant une réunion, la difficulté à la taire, un sentiment de déjà vu. Rentrer de l’école à pied, voir son fils courir un peu devant, se dire que là tout de suite, jamais de la vie on le rattrape. Les yeux qui piquent, un premier atchoum, ah oui c’est vrai, au début, il y avait bien un nez qui se remplit, des atchoums en série.

Se souvenir de ce premier épisode de Russian doll, cette série qui met en scène une trentenaire qui ne cesse de se réveiller au-dessus de la cuvette des chiottes, un peu comme l’humanité en ce moment, à croire. Se dire qu’on a encore de la marge, c’était la phase rigolote, l’atchoum- time. Les éternuements, ça m’a toujours semblé avoir un petit quelque chose de jouissif, de naïvement libératoire, quand il n’y a personne dans les parages proches.

Mais c’était un peu concomitant avec ce goût métallique venu tapisser le lit de la gorge, une sorte de tapis spartiate avertisseur, avant que la rhinite ne transforme ce repère en gorges du Tarn ou de l’Aveyron, avant que les inondations des mouchoirs et des suées ne côtoient l’aridité des 40°, pics de chaleurs quotidiens, yoyo du thermomètre, et ce mal à la tête, comme si l’univers venait se condenser dans chacun de nos crânes, nous dire tu m’entends, tu la sens bien là ta fragilité de T’es rien, en tout cas pas grand chose, et je peux t’essorer te rincer te vider, je fais ce que je veux avec mes longs fils noirs qui te cassent les pattes et s’insinuent partout dans l’enchevêtrement de tes intercostaux qui ne le sont plus guère et qui de guerre se lassent, d’ailleurs, à demander pardon s’il vous plait et merci.


Mais dans mon cas bien de la chance, souvenirs que tout cela. Juste une ébauche d’un retour. Une confiance dans les capacités d’apprentissages de mes globules.
En attendant que le pire arrive même s’il n’est jamais certain, à l’idée de revivre ça je sens mon cœur faire le Jacques comme dirait Saint-Thomas, et pour conjurer le sort démoniaque je croque des morceaux de pommes, en leur adressant comme des prières à la lune, premier quartier, dernier quartier, « une pomme tous les matins éloigne les médecins », comme dit le refrain.

Mais qu’en est-il du quartier de 14h ? De celui de 18h ? Est-ce qu’une « pomme tous les matins » ne mériterai(en)t pas un petit pluriel, derrière ? Il n’y aurait qu’un seul matin du monde ? Appartient-t-il à celleux qui se lèvent trop ? Et de quoi serions-nous à l’aube ?

Demain je retourne dans le monde. En appliquant toujours autant les gestes d’Alain, puisqu’ils sont si jolis et qu’on ne peut les oublier.

Key êtes-vous ?

Écrit en bonus d’un atelier d’écriture en ligne. Une amie avait eu la bonne idée de nous donner comme source d’inspiration 4-5 annonces incongrues piochées sur leboncoin, à développer à l’envi. Je m’étais amusée à promouvoir la vente de lapins sauvages. Mais il y avait aussi, sous mes yeux ébahis, cette authentique clé de coffre-fort, mise en vente pour 200 €.

« La voici, la clé de coffre-fort. 200 €. Oui, la clé, pas le coffre-fort. C’est qu’elle date probablement du 17ème siècle. Comment je le sais ? Ben je l’ai toujours vue. Non, je date pas du 17ème siècle. Mais quand même, j’imagine qu’elle était là avant moi. Et avant mes parents, qui n’ont jamais su d’où elle sortait. Et avant mes grands-parents, à qui ça dit vaguement quelque chose mais qui ne peuvent plus m’en apprendre davantage, vous vous doutez bien. Écoutez madame, si on l’a toujours vue, c’est qu’elle y a probablement toujours été. Après tout, je dis 17ème mais ça pourrait être 13ème, auquel cas vous feriez une encore meilleure affaire !

Pourquoi vous soufflez en levant les yeux au ciel comme ça ? Où je l’ai trouvée ? Dans un tiroir, pardi. Oh, un bête tiroir à bordel, avec des bouchons en liège, des élastiques cassés, trois vis, et tout un tas de clés, vous savez, un de ces tiroirs qui servent à rien et qu’on vide une fois par lustre. Hé oui madame, j’ai dit lustre, la période de cinq ans, je suis peut-être pas contrôleuse-antiquaire, mais moi aussi j’ai des lettres et un peu de latin, vous savez. Ah vous êtes historienne ? Bon ben alea jacta est, hein, si vous êtes venue c’est bien qu’elle vous intéressait, cette clé, non ? Bon…

Est-ce qu’il y avait d’autres vieux trucs dans le tiroir ? Ben en tout cas il y avait plein de clés, dont celle là. Elle est jolie, hein ? Clairement, elle se détachait des autres. Des vieux doubles de voiture, des clés de cadenas, des trucs tout rouillés. Y a des vieux qui gardent vraiment n’importe quoi. Mais là, franchement, c’est du bel ouvrage, non ? Sûr que c’est une jolie pièce de collection. Vous voulez savoir dans quel type de tiroir ? Vous êtes de la Gestapo, ou quoi ? Un buffet de formica beige, années 70… Oui non clairement, ça va pas vous aider. Écoutez si je savais en quoi elle était faite, de quand elle datait, ce qu’elle ouvrait à l’époque, tout ça tout ça, vous vous doutez bien que j’aurais pas mis une annonce sur le bon coin.

Mais pourquoi j’ai fait ça ? Ben parce que je me disais que peut-être les gens intéressés allaient m’apprendre quelque chose dessus. Sur le passé de ma famille, si avec cette indice on pouvait savoir s’il y avait eu des riches, ou des nobles, je sais pas. C’est que ça me plairait bien, à moi, de me dire que je suis pas fils de bouseux archi petit-fils de bouseuse. Y a pas de mal ? Ben j’aimerais vous y voir, si j’en suis à essayer de revendre des trésors familiaux c’est que bon… C’est pas festival non plus, hein, et puis y a pas de mal à faire rêver, un peu. Oui c’est pour les deux raisons, cette annonce : rentrer des sous en vendant de jolis rêves, et on sait jamais, apprendre des trucs sur cette fichue clé qui m’a toujours turlupiné parce qu’elle collait pas avec le cadre, et que j’ai jamais retrouvé ce qu’elle pouvait ouvrir, même en retournant la maison. Voilà.

Comment ça, les clients sont pas là pour ça ? Il me faudrait plutôt un psycho-généalogiste ? Oh s’il vous plait, cessez vos sarcasmes, et je le paie avec quoi votre psycho-machinchose, s’il vous plait ? Oui ben voilà, on y revient. 4 séances à 50 €, bingo.
Oh c’est bon madame, j’ai bien compris que vous n’étiez pas intéressés, c’est pas la peine de me faire perdre encore plus de temps. Comment ça c’est la meilleure ? C’est vous qui avez voulu vous déplacer pour la voir, je vous rappelle. Allez basta, j’ai à faire, hein, apparemment c’est pas avec vous que je vais le trouver, mon trésor.

T’façon, j’ai pu envie d’la vendre, cette clé. »

Trez

Voici le dernier numéro (ou pas) de la revue associative que j’avais découvert à travers un concours en 2014, et grâce à laquelle j’ai touché mes premiers droits d’autrice à raison de 26.50 € si mes souvenirs sont bons. C’est modeste, mais un premier contrat signé, un aller-retour de corrections, symboliquement, c’est sympa. FéliCité, le texte retenu sur les 110 reçus figure dans un hors-série non disponible en ligne (tous les lauréats n’étant pas d’accord), mais il est lisible chez la bib partenaire de l’époque.

Par la suite, j’ai participé et fait participer une amie à Lu si… 11. Ce qui m’a valu la fierté de voir mon texte lu par quelqu’une dont je ne connais pas l’identité, ce qui est cool.

Trois petits textes dans un Lu si… Trois p’tits tours et puis s’en vont avec un merci, car c’est preuve que dans cet âpre chemin solitaire qu’est l’écriture, le collectif peut pousser à la plume et faciliter les envols à défauts des envois !

Mission 6 : quand je serai présidente du monde

Ça serait un essai, dans tous les sens du terme, une tentative, poussive ou jouissive, d’appréhender le monde comme un ballon bien ovale, aux rebonds saugrenus, lancé à toute berzingue vers d’innombrables buts, avec dedans des placages de mastodontes du marketing et de la communication, N’est-ce Laid, Danônner ainsi les mêmes inepties, mais il y aurait aussi des morceaux de féminisme, du green, washé ou pas, des coucous fantasmatiques de la méritocratie et des limites qu’il y a à ma zone, des parcours sup de riches pauvres gens, de grands et petits suissidés, et d’une autre question majeure : si tu grandis les pieds dans la merde, deviendras-tu belle plante ou champignon halluciné ?

Pour l’instant il y a plein de matière, plein d’envie, tout un tas de mots à appareiller, à tendre et à étendre, pour en faire un cri puissant, un chant formidable qui ne demande qu’à être tonné et entonné.

Fantaysie

C’est l’histoire d’une elfe qui se baladait dans un monde d’elfes avec un chapeau de travers. Pourquoi ? Parce qu’il avait une oreille ronde. La droite. Une petite chose toute mignonnette, mais absolument pas adéquate au regard de son statut d’elfe. à chaque fois qu’il oubliait son chapeau et qu’il croisait quelqu’un, la personne n’en revenait pas et ne regardait plus que ça, comme si c’était un grain de beauté sur le nez, une verrue sur le menton, un trou dans la dentition ou une belle balafre au milieu du front. C’était pourtant bien plus discret, mais assez surprenant, quand même. Parfois il pensait que sa longue chevelure dorée suffirait à ôter cette singularité du regard des autres, mais il avait les cheveux fins et électriques, un brin volants, un poil volatiles, et il était bien rare qu’ils restent tous sagement alignés devant l’arrondi de son oreille pour le masquer à la face du monde.
Cet elfe s’appelait Alfred. Il vivait dans le Michigan des elfes, un pays où sous les gros cailloux, se cachaient des mini-hamburgers de mousse, qui accueillaient soit une sauterelle, soit un grillon. L’insecte s’installait là-dedans, bien confortablement vautré comme dans une couette aussi douce que verdoyante, d’une humidité revigorante et d’une fraicheur vivifiante, et mâchonnait généralement un brin d’herbe en sifflotant qui du Ennio Morricone, qui la BO de Lucky Luke. Jusqu’à ce qu’un elfe, à l’ouïe aussi fine que le pointu de ses oreilles (sauf de celle de droite d’Alfred, bien entendu), soulève le caillou, pince de ses doigts graciles le mini-hamburger moussu, et le porte à sa bouche en faisant un gros scrountch content.
Dans ces cas-là, parfois les grillons et les sauterelles bondissaient, alertes et vifs, les plus rapides de l’ouest, ne laissant sur la langue de l’elfe qu’un malheureux peu de verdure. Parfois ils se faisaient happer et l’on entendait leur dernière complainte, poor lonesome hero derrière les portes du pénitencier, s’éteindre de l’autre côté de la muraille, infranchissable quoique ténue, des petites quenottes blanches du peuple elfique et affamé.
Alfred, ce jour-là, n’avait pas été assez leste, et venait de se retrouver avec dans le gosier non pas un peu de protéines, mais un pauvre bout de salade qui lui restait, qui plus est, un peu en travers. Apparemment, cette saison, la mousse était amère. Tellement amère qu’il en grimaça et eut un petit mouvement de recul, au point d’accrocher son chapeau à une branche de derrière. Mal lui en prit : la branche attrapa le rond de tissu, et ployant sous le poids de la tête qui était encore dedans, ploya tel un ressort avant de rebondir, faisant incessamment valser le couvre-chef jusqu’à une branche autrement plus haute de l’arbre d’en face.
Aïe, se dit Alfred à double titre. Comment vais-je aller récupérer Whoopie ?
En effet, l’elfe, qui arborait par ailleurs une belle veste brodée, avait donné un petit nom sucré à son compagnon de toujours. Pendant qu’il en était à échafauder des idées d’échafaudages, sortit du tronc de l’arbre d’en face un hibou-coucou.
Le hibou-coucou est un de ces animaux dont on ne sait jamais vraiment quand ils ont enfin l’intention de fermer l’œil. Le hibou-coucou ne dort visiblement jamais, et pourtant, il trouve le moyen de ronfler. Il peut piailler des sons aigus à intervalles réguliers, et garder de gros yeux tout ronds sous sa broussaille grisonnante. Il faut bien dire ce qui est, le hibou-coucou est chiant. Toujours à sortir au moment précis où il a l’opportunité de se foutre de votre gueule.
Quoi qu’il en soit, la sortie de ce spécimen précis d’animal hors de son tronc de villégiature fut si soudaine qu’Alfred en fut littéralement renversé, les fesses sur la mousse amère, donc. Et une saillie stridente zébra l’air : « Waouh, trop stylé !! »
Alors que le hibou-coucou se dandinait sur son perchoir en répétant cette enthousiaste interjection d’une voix très adolescente, Whoopie qui avait atterri un peu plus haut lui tomba dessus, et vient, par une coïncidence amusante, recouvrir son oreille droite. Alfred baissa les yeux sur sa veste et se rengorgea fièrement, ce qui est ni plus ni moins un pléonasme, mais quand même, ça lui faisait vraiment plaisir. Le hibou-coucou se marra alors et lança, toujours aussi fort « mais non, pas ta veste de toréador, banane ! C’est ton oreille droite qui est trop stylée ! » Alfred, espanté, avança le cou de façon fort peu gracieuse, ouvrit des yeux carrés et … [to be continued ?]

Mission 5 : comme dirait Jean-Jacques

Ça serait un court roman (ou une nouvelle), intégralement constitué(e) de paroles de Goldman. Agencées de façon à raconter un truc sympa, si possible, et à vous coller des centaines de mélodies dans la caboche en un temps record.

Ça frétillera comme du Queneau, se triturera comme du Pérec, ça fera comme un roman par procuration pour nous changer la vie et faire veiller tard.

Pour l’instant… ya rien. Enfin… tout est déjà écrit, éparpillé, façon puzzle.

Mission 4 : les vieux sont l’avenir de l’homme

Ça serait un roman, ou un recueil de textes, sur nos chères têtes grises. Ça causerait de leur place et du regard qu’on leur porte. Peut-être aussi de notre douloureux rapport au temps, cette vaste blague qui n’est jamais qu’une convention, un truc qui n’existe pas vraiment, mais bon, quand même, qui nous fait quelques effets.

Ça fait dans les trois fois rien, quelques morceaux de mots à tricoter pour en faire une écharpe chaude, quelques pelotes de laine à rassembler à droite à gauche.

Extrait :

Je voulais confectionner une tarte. Au chocolat, comme ça j’étais sûre qu’ils adoreraient, ils ne jurent que par ça. Ça faisait longtemps que je n’en avais pas fait. Quand je sors les ingrédients, je les  imagine me gronder, me dire que je vais en mettre partout, que je vais casser le saladier, qu’il est trop lourd pour moi. Ou plutôt, ils me le disent après, et ils ont raison, puisqu’ils rentrent dans la maison et qu’ils me voient par terre, alors que j’arrive pas à me relever, alors qu’il y a des morceaux de verre jusque dans mes pantoufles et de la farine jusque dans mes cheveux. M’en fous, la farine, ça ne se voit pas sur mes cheveux blancs, surtout au milieu des pellicules. Des pellicules, j’en ai tout le temps, il neige souvent sur mes frêles épaules, peut-être que je me fais du souci, peut-être que je commence à mourir du cuir chevelu, à me désagréger. Quand ils rentrent, après avoir sonné rapidement, et qu’ils me trouvent comme ça, ils parlent fort, ils s’affolent, j’entends pas bien mais je vois les ronds horrifiés de leurs bouches, comme s’ils voulaient me faire peur avec la leur, de peur. Hé bé oui je suis vieille, hé bé oui je suis tombée, ils sont censés le savoir que c’est un risque, ce n’est plus censé leur faire peur… Alors ils me demandent depuis combien de temps je suis comme ça, comme si c’était absolument crucial maintenant qu’ils sont là, qu’est-ce que j’en sais, moi, je ne me suis pas chronométrée ! S’ils croient que je vais faire bien attention à tomber pile en face de la pendule du salon ! Ah oui, si j’avais eu cette chance, j’aurai pu leur dire, bien droit dans les yeux, comme pour une question arithmétique du certificat, comme si j’annonçais les scores du loto : « ça fait dix-huit minutes ! » Mais comme je n’en peux plus de voir leurs bouches s’arrondir, leurs bouches qui me crient en silence qu’ils ne savent plus ce qu’il vont bien pouvoir faire de moi, je secoue la tête, je minimise, « je viens de tomber », que je dis.

Et ce n’est pas si faux, après tout ça ne fait pas longtemps, à mon échelle, le temps est si long et si court à la fois, qu’est-ce que j’aurais fait de ces dix-huit minutes de toute façon ? Une tarte, mais ça, c’est plus possible. Le saladier m’a glissé des mains, et en voulant le rattraper j’ai fait tomber la farine, encore une chance que les œufs n’aient pas suivi. La tarte, ah ça pour sûr qu’ils vont trouver que c’est moi. J’ai le cuir chevelu qui se feuillette, et les articulations qui se brisent comme du sable. Feuilletée, sablée, brisée, je suis toutes les tartes à la fois s’ils en ont envie. N’empêche qu’ils pourront penser ce qu’ils veulent, moi au moins je savais les faire, les tartes. Je n’avais pas besoin d’aller acheter ces choses toutes faites dans des tubes en plastique… Remarquez heureusement que ça existe, ça tombe bien qu’ils m’aient encore amené un dessert tout fait, sans ça il n’y aurait pas eu de dessert, et ça m’aurait manqué. Il me faut ma becquée sucrée, quand ils sont là. Pour me consoler, un peu, de les voir s’interroger sur ce qu’ils vont bien pouvoir faire de moi. Rien, ils ne pourront rien en faire. Chaque fois qu’ils viennent, et ce n’est pourtant pas souvent, c’est un miracle si j’arrive encore à me lever pour leur ouvrir la porte. Mais plutôt crever de suite que de le leur dire. Au contraire, je leur montre ma niaque, la dernière fois je leur avais même préparé un gigot aux haricots. Ils avaient été passablement impressionnés, certes davantage par le gros trou sur mon tablier brûlé que par mon expertise de gastronome. Ah là aussi, je m’étais bien faite engueulée, tiens ! Et qu’il faut que j’arrête, et qu’il faut que je fasse attention, et qu’il faut qu’ils me changent le gaz par de l’induction, et que non ça n’était pas possible parce que les poêles seraient trop lourdes, ah ça oui j’en ai entendu ! Déblatérer pendant une demi-heure sur le pourquoi du comment, et finir par se rendre compte que je n’avais pas pu attraper le vieux pot de biafine, et me tirer de force dans ma chambre pour me l’appliquer, en me déshabillant à moitié sans me demander mon avis. Comme si j’avais envie de montrer mes dessous à mon fils. Ah ça oui, je les avais entendus un moment, avec toutes leurs recommandations inutiles. Et je les avais beaucoup moins entendus au moment de manger le gigot, comme quoi elle a beau faire, elle n’est pas forcément une plaie pour tout, la mémé. Mais bon aujourd’hui, pas de tarte. Pas de tarte, et pas de gigot. Et du coup, je me demande bien à quelle sauce je vais être mangée.

Mission 3 : Parente

Ça serait un roman sur la filiation et la parentalité comme il en existe certainement des palanquées. Comble d’originalité, ça tenterait de mettre en regard la construction d’un humain et la gestation d’un texte, ou l’inverse. Ce grand fourre-tout hautement existentiel permettrait de se balader dans les méandres de l’enfance et de sauter des émerveillements minuscules aux descriptions épiques. Je pourrais continuer à croquer des saynètes rigolardes du quotidien ou à me complaire dans les tragédies les plus sombres mêlée de sueurs et de larmes… (comme par exemple l’exploration des effets de la fatigue sur la capacité à percevoir et le tragique, et le rigolard.)

On y croisera sans nul doute des enfants flippants qui disent qu’ils ont prendu des Turcs, et des passages richement documentés sur la procrastination.

Pour l’instant, ça fait 14 000 mots de matériau brut et synthétique, 7000 Écrire, 7000 Parente. Il manque l’histoire, les personnages, et la machine à filer le bon coton pour habiller tout ça.

Exemple d’extrait :

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Mission 2 : Mais où sont donc encore partis les vers de terre ?

Ça serait un roman totalement fantasyste, où l’on suivrait Trapèze le lutin, une écureuille volante en plus d’être géante, un bébé chenille à moustaches, magicien, pas si bébé que ça, et une sacrée vache. Entre autres, parce qu’il y a aussi une redingote, des piafs, des champignonnets, et tout un tas de trucs colorés à qui il arrive tout un tas de trucs colorés aussi.

Il y a de l’action, de l’humour, de l’amitié, des dialogues, et des cumulonimbus.

Ça fait dans les 30 000 mots. Comme ç’a été écrit dans le cadre du Nanowrimo (= profitons de novembre où il fait moche et froid pour pousser le masochisme à mal manger, mal dormir, et écrire 50 000 mots dans le mois), on pourrait dire que c’est un échec.

Sauf que comme 30 000 mots c’est quand même beaucoup plus que rien, en fait non, on va pas dire ça.

Le hic : je ne suis plus tout à fait persuadée d’avoir écrit la fin.

Incipit :

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Mission 1 : le Royaume des timides

Ça serait un roman pour donner la parole à celles et ceux qui oublient un peu de la prendre.

Exploration à travers le quotidien de quatre trentenaires des béances entre la parole et la pensée, entre sa pensée et celle de l’autre, entre la parole et l’action, entre les actions et les souhaits…

Pour l’instant ça fait dans les 32 000 mots, ce qui est suffisant, de nombreux romans sont plus brefs.

Il me manque juste un très léger détail : l’histoire. Je ne sais pas où ni comment je l’ai fichue, elle m’a échappé, impossible de mettre la main dessus.

Extrait :

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