Entrelacs et montagnes

En passant près du lac Léman
J'avais zieuté une donzelle
Une terrible, une de celles
Qui laissent moite et pantelant


Je m'en étais sitôt voulu
D'avoir pris tant de liberté
A laisser mes yeux égarés
Se pâmer devant l'ingénue


Qui ne l'était sans doute guère
Du moins pas plus que ne le suis
C'est quoi cette expression moisie
Qui traîne en mon vocabulaire ?


Nulle ingénue, nulle donzelle
On ne dit plus mademoiselle
Et je m'en satisfais bien prou


Cette dame était sans conteste
Mon égale, en plus ou moins peste
Et en plus ou moins perle itou


Puisque de l'Amour jusqu'au Tibre
Si, oui, les femmes sont nées libres
Car Nature n'est pas si sotte
L'homme ne tombe en esclavage
Que quand il se croit si sauvage
Qu'il les lui faudrait sous sa botte


J'ai donc brisé toutes mes chaînes
J'ai regardé droit dans ses yeux
Elle a fait pareil, c'était mieux,
Et depuis lors on se promène.
(Texte arrivé 3ème sur une cinquantaine au concours organisé par la médiathèque d'Annemasse en 2014. Il fallait caler la phrase soulignée. J'ai reçu si je me souviens bien un livre de haïkus, un sac en toile (c'était avant qu'on parle de tote bag) aux jolies couleurs de la médiathèque ainsi qu'une inscription à icelle, dans laquelle je n'ai jamais eu l'occasion de mettre les pieds, mais le cœur y est !)

Let it bit

Laissez-les, ciselés, glisser sur le saisi
Les syllabes zélées, les sizains cramoisis,

Déshabillez ces cils faits de pattes de mouche,
Faites que d'un clin d’œil ces valseuses nous touchent

Faites les valdinguer jusqu'à la frénésie
Que leur aise nous plaise et nous laisse transis

Qu'elle fusent vers nous en vives escarmouches
Et fassent saliver les bravos dans nos bouches

Et que levant nos yeux et nos mains à ces rires
Nous disions : "Saleté! J'aurais aimé l'écrire."
(Celui-là, il était déjà présent dans le recueil Démo de 2006 je pense. Je l'avais présenté au concours du Printemps des Poètes 2014 sur le thème "Au cœur des Arts" organisé par la Sémitag (équivalent Tisséo-Ratp de Grenoble), et j'avais reçu un recueil dans lequel mon texte figurait parmi les 30 retenus sur 234 participants toutes catégories confondues). Je viens de voir que je l'avais intitulé "Dix vers levés à l'art debout", je sais pas bien pourquoi. Je préfère l'actuel, il glorifie moins la picole. C'est important, la retenue, en littérature.)

Mission 6 : quand je serai présidente du monde

Ça serait un essai, dans tous les sens du terme, une tentative, poussive ou jouissive, d’appréhender le monde comme un ballon bien ovale, aux rebonds saugrenus, lancé à toute berzingue vers d’innombrables buts, avec dedans des placages de mastodontes du marketing et de la communication, N’est-ce Laid, Danônner ainsi les mêmes inepties, mais il y aurait aussi des morceaux de féminisme, du green, washé ou pas, des coucous fantasmatiques de la méritocratie et des limites qu’il y a à ma zone, des parcours sup de riches pauvres gens, de grands et petits suissidés, et d’une autre question majeure : si tu grandis les pieds dans la merde, deviendras-tu belle plante ou champignon halluciné ?

Pour l’instant il y a plein de matière, plein d’envie, tout un tas de mots à appareiller, à tendre et à étendre, pour en faire un cri puissant, un chant formidable qui ne demande qu’à être tonné et entonné.

Fantaysie

C’est l’histoire d’une elfe qui se baladait dans un monde d’elfes avec un chapeau de travers. Pourquoi ? Parce qu’il avait une oreille ronde. La droite. Une petite chose toute mignonnette, mais absolument pas adéquate au regard de son statut d’elfe. à chaque fois qu’il oubliait son chapeau et qu’il croisait quelqu’un, la personne n’en revenait pas et ne regardait plus que ça, comme si c’était un grain de beauté sur le nez, une verrue sur le menton, un trou dans la dentition ou une belle balafre au milieu du front. C’était pourtant bien plus discret, mais assez surprenant, quand même. Parfois il pensait que sa longue chevelure dorée suffirait à ôter cette singularité du regard des autres, mais il avait les cheveux fins et électriques, un brin volants, un poil volatiles, et il était bien rare qu’ils restent tous sagement alignés devant l’arrondi de son oreille pour le masquer à la face du monde.
Cet elfe s’appelait Alfred. Il vivait dans le Michigan des elfes, un pays où sous les gros cailloux, se cachaient des mini-hamburgers de mousse, qui accueillaient soit une sauterelle, soit un grillon. L’insecte s’installait là-dedans, bien confortablement vautré comme dans une couette aussi douce que verdoyante, d’une humidité revigorante et d’une fraicheur vivifiante, et mâchonnait généralement un brin d’herbe en sifflotant qui du Ennio Morricone, qui la BO de Lucky Luke. Jusqu’à ce qu’un elfe, à l’ouïe aussi fine que le pointu de ses oreilles (sauf de celle de droite d’Alfred, bien entendu), soulève le caillou, pince de ses doigts graciles le mini-hamburger moussu, et le porte à sa bouche en faisant un gros scrountch content.
Dans ces cas-là, parfois les grillons et les sauterelles bondissaient, alertes et vifs, les plus rapides de l’ouest, ne laissant sur la langue de l’elfe qu’un malheureux peu de verdure. Parfois ils se faisaient happer et l’on entendait leur dernière complainte, poor lonesome hero derrière les portes du pénitencier, s’éteindre de l’autre côté de la muraille, infranchissable quoique ténue, des petites quenottes blanches du peuple elfique et affamé.
Alfred, ce jour-là, n’avait pas été assez leste, et venait de se retrouver avec dans le gosier non pas un peu de protéines, mais un pauvre bout de salade qui lui restait, qui plus est, un peu en travers. Apparemment, cette saison, la mousse était amère. Tellement amère qu’il en grimaça et eut un petit mouvement de recul, au point d’accrocher son chapeau à une branche de derrière. Mal lui en prit : la branche attrapa le rond de tissu, et ployant sous le poids de la tête qui était encore dedans, ploya tel un ressort avant de rebondir, faisant incessamment valser le couvre-chef jusqu’à une branche autrement plus haute de l’arbre d’en face.
Aïe, se dit Alfred à double titre. Comment vais-je aller récupérer Whoopie ?
En effet, l’elfe, qui arborait par ailleurs une belle veste brodée, avait donné un petit nom sucré à son compagnon de toujours. Pendant qu’il en était à échafauder des idées d’échafaudages, sortit du tronc de l’arbre d’en face un hibou-coucou.
Le hibou-coucou est un de ces animaux dont on ne sait jamais vraiment quand ils ont enfin l’intention de fermer l’œil. Le hibou-coucou ne dort visiblement jamais, et pourtant, il trouve le moyen de ronfler. Il peut piailler des sons aigus à intervalles réguliers, et garder de gros yeux tout ronds sous sa broussaille grisonnante. Il faut bien dire ce qui est, le hibou-coucou est chiant. Toujours à sortir au moment précis où il a l’opportunité de se foutre de votre gueule.
Quoi qu’il en soit, la sortie de ce spécimen précis d’animal hors de son tronc de villégiature fut si soudaine qu’Alfred en fut littéralement renversé, les fesses sur la mousse amère, donc. Et une saillie stridente zébra l’air : « Waouh, trop stylé !! »
Alors que le hibou-coucou se dandinait sur son perchoir en répétant cette enthousiaste interjection d’une voix très adolescente, Whoopie qui avait atterri un peu plus haut lui tomba dessus, et vient, par une coïncidence amusante, recouvrir son oreille droite. Alfred baissa les yeux sur sa veste et se rengorgea fièrement, ce qui est ni plus ni moins un pléonasme, mais quand même, ça lui faisait vraiment plaisir. Le hibou-coucou se marra alors et lança, toujours aussi fort « mais non, pas ta veste de toréador, banane ! C’est ton oreille droite qui est trop stylée ! » Alfred, espanté, avança le cou de façon fort peu gracieuse, ouvrit des yeux carrés et … [to be continued ?]

Mission 5 : comme dirait Jean-Jacques

Ça serait un court roman (ou une nouvelle), intégralement constitué(e) de paroles de Goldman. Agencées de façon à raconter un truc sympa, si possible, et à vous coller des centaines de mélodies dans la caboche en un temps record.

Ça frétillera comme du Queneau, se triturera comme du Pérec, ça fera comme un roman par procuration pour nous changer la vie et faire veiller tard.

Pour l’instant… ya rien. Enfin… tout est déjà écrit, éparpillé, façon puzzle.