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Climat teaser

– Hé, citoyen.ne !

– Oui ?

– Tu t’inquiètes, toi aussi, comme beaucoup, de ton espérance de vie ? Ou de celle de ta descendance, ou de celle de tes potes, par temps de pandémies, de conflits et de pénuries à venir, de catastrophes naturelles en mode exponentiel ? Tu te demandes comment on peut arrêter de rejeter et de stocker tout ce CO2 qui va nous retomber sur la gueule dans moins de temps qu’il t’a fallu pour te trouver une copine ? Tu commences à avoir de sérieux doutes sur le génie de la tech à nous sortir du caca, vu qu’on en est à se demander s’il faudrait pas stocker du PQ ?

– Oui, bien sûr, mais où tu veux en venir ?

– Mais j’ai la soluce, moi ! Une invention que même Pasteur il peut aller se rhabiller ! Une innovation vraiment révolutionnaire, un truc de fous ! D’ailleurs, je dois avouer que je suis pas sûre d’être la première à y avoir pensé, il me semble qu’il y a déjà quelques milliards d’humains qui pratiquent…

– Mais bien sûr… Et c’est quoi, ton plan ?

– Ben en fait, juste, les humains, ils montent pas.

– Comment ça ?

– Ben d’un côté, t’as les véhicules motorisés, les avions, les paquebots de croisière, tout ça.

– Et ?

– Et de l’autre t’as les gens, et juste, ils montent pas. Pareil avec les magasins, les sites de commerce en ligne, d’un côté, et de l’autre t’as les gens, et juste, ils rentrent pas. Mais c’est choisi, hein ! Ils ont l’info, ils voient le mur, et juste, ils y vont pas, quoi !

– C’est ça, ton innovation révolutionnaire ?

– Oui.

– Mais c’est complètement con, comme solution.

– Ah.

– Ben oui, parce que si on fait ça, il va y avoir toute l’économie qui se casse la gueule, et la santé, et la démocratie, et…

– Dis, sérieusement, ça serait pas déjà un tout petit peu le cas, là ?

– Mais… mais… et puis tu veux qu’ils aillent où, les gens ?

– Ah ben ça j’ai pas réponse à tout, hein ! Ils vont ailleurs, je sais pas, moi, à la pêche ! Enfin ils vont pas trouver bézef, mais bon, à la pêche aux infos, à la pêche aux idées… À la pêche aux rêves, peut-être même, à ce stade…

– Mais bien sûr… Et après ils les réalisent, tant qu’on y est ?

– … Ah ben tu vois ! Quand tu veux.

Oh ! Hé ! Hein ! Bon !

Ce vendredi 11 décembre, comme de temps en temps, j’ai écouté la fin des Matins en allant au turbin.

Mais j’ai senti des chroniqueurs qui avaient gardé quelques traces de l’oreiller à une heure de grande écoute, quand même.

D’un côté, Hervé Gardette, posé pourtant en chantre quotidien de la transition écologique, qui nous ressort le couplet des 3-4 degrés en 2100, avec cette phrase formidable de cécité sur les dérèglements en cours :  » Vous qui nous écoutez ce matin, vous ne serez pas très nombreux à être en mesure de vérifier, en 2100, si les prévisions de 2020 étaient un peu trop ou pas assez alarmistes. » Le fils du couple emporté par la crue de la Vésubie dans les Alpes-Maritimes (pour ne pas parler des millions de réfugiés climatiques…) devrait apprécier.

Si l’on ne veut pas s’arrêter sur des cas particuliers, il suffit pourtant de regarder le site de Météo France, qu’on peut difficilement taxer d’être un repère de rebelles-anarco-catastrophistes, pour arrêter une bonne fois pour toutes de parler au futur.

Et on n’est pas obligé d’avoir lu Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie (qui a grosso modo le même âge que la Cop 21) pour en avoir au moins vu passer le titre quand on s’occupe de ces questions.

Tandis que je constatais donc avec une pincée d’effroi qu’Hervé Gardette ne s’était toujours pas réveillé, de l’autre côté, sur un autre plan, nous avions une Géraldine Mosna-Savoye qui regrettait presque de dormir, se disant que « si on n’a plus aucun intérêt ni plaisir à rester éveillé, alors la nuit n’existe plus du tout, ou seulement parce qu’elle disparaît, parce qu’on n’en fait rien, parce qu’on n’y fait que dormir.« 

Apparemment la philosophe, au romantisme certes légitime sur les attraits de la vie nocturne, a oublié que la diminution continue de nos heures de sommeil est un vrai problème de santé publique et que dormir la nuit n’est pas franchement synonyme de « rien » ou autre oisiveté facultative pour les primates que nous sommes.

Mais bon je n’ai pas de leçon à donner : si moi-même je me couchais plus tôt, je me lèverais plus tôt, peut-être même que je prendrais le vélo et pas la Zozo, et je devrais alors troquer la voix rassurante d’Erner contre les bienfaits du plein air, pour profiter des dégradés dans les belles couleurs de l’aube.