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Dia positivo, gracias al negativo

Prendre six mois dans la vue, retrouver une brise faible de mars sous le soleil de septembre. Ce minuscule épisode de toux qui s’invite pendant une réunion, la difficulté à la taire, un sentiment de déjà vu. Rentrer de l’école à pied, voir son fils courir un peu devant, se dire que là tout de suite, jamais de la vie on le rattrape. Les yeux qui piquent, un premier atchoum, ah oui c’est vrai, au début, il y avait bien un nez qui se remplit, des atchoums en série.

Se souvenir de ce premier épisode de Russian doll, cette série qui met en scène une trentenaire qui ne cesse de se réveiller au-dessus de la cuvette des chiottes, un peu comme l’humanité en ce moment, à croire. Se dire qu’on a encore de la marge, c’était la phase rigolote, l’atchoum- time. Les éternuements, ça m’a toujours semblé avoir un petit quelque chose de jouissif, de naïvement libératoire, quand il n’y a personne dans les parages proches.

Mais c’était un peu concomitant avec ce goût métallique venu tapisser le lit de la gorge, une sorte de tapis spartiate avertisseur, avant que la rhinite ne transforme ce repère en gorges du Tarn ou de l’Aveyron, avant que les inondations des mouchoirs et des suées ne côtoient l’aridité des 40°, pics de chaleurs quotidiens, yoyo du thermomètre, et ce mal à la tête, comme si l’univers venait se condenser dans chacun de nos crânes, nous dire tu m’entends, tu la sens bien là ta fragilité de T’es rien, en tout cas pas grand chose, et je peux t’essorer te rincer te vider, je fais ce que je veux avec mes longs fils noirs qui te cassent les pattes et s’insinuent partout dans l’enchevêtrement de tes intercostaux qui ne le sont plus guère et qui de guerre se lassent, d’ailleurs, à demander pardon s’il vous plait et merci.


Mais dans mon cas bien de la chance, souvenirs que tout cela. Juste une ébauche d’un retour. Une confiance dans les capacités d’apprentissages de mes globules.
En attendant que le pire arrive même s’il n’est jamais certain, à l’idée de revivre ça je sens mon cœur faire le Jacques comme dirait Saint-Thomas, et pour conjurer le sort démoniaque je croque des morceaux de pommes, en leur adressant comme des prières à la lune, premier quartier, dernier quartier, « une pomme tous les matins éloigne les médecins », comme dit le refrain.

Mais qu’en est-il du quartier de 14h ? De celui de 18h ? Est-ce qu’une « pomme tous les matins » ne mériterai(en)t pas un petit pluriel, derrière ? Il n’y aurait qu’un seul matin du monde ? Appartient-t-il à celleux qui se lèvent trop ? Et de quoi serions-nous à l’aube ?

Demain je retourne dans le monde. En appliquant toujours autant les gestes d’Alain, puisqu’ils sont si jolis et qu’on ne peut les oublier.