Deux sons de croche

Me remettre à lire, lire comme quand j’étais adolescente, comme quand le temps s’étirait langoureusement et moi avec, sur la fraicheur d’un dessus de lit, à l’écart à l’étage dans le gîte loin du tintement des couverts, la tête au-dessus du bouquin et la main au-dessus des chips,

lire comme si je pouvais m’ensevelir sous ces pages, m’oublier dans les interlignes, comme si les littératures redevenaient ma grotte, mon antre et mon royaume, comme si je pouvais revenir à cette abstraction de la réalité qui était la mienne à l’époque, sans souci de l’effondrement, sans souci du sifflement significatif de cette cocotte-minute toute remplie de chair de poule, faire comme si la vie allait continuer de s’écouler tranquillou bilou

sans qu’il faille accélérer les stages de la débrouille et l’accroissement ou à défaut le maintien des compétences cognitives, booster sa mémoire, doubler, tripler, quadrupler les cordes à son arc pour en anticiper une espèce de luth, devenir soi-même objet de renaissance afin d’adoucir les mœurs à venir, éviter de glisser de branleuse en brainless, en soignant ses synapses face à ce synoptique agrégé de collapse afin de se parer et de se préparer, en avoir dans le crâne en avoir dans les tripes puisque ces deux trucs-là fonctionnent de concert
sans qu’il faille faire tout ça, donc.

Juste lire. Se délivrer de la pression. Se livrer à ce noble versant de procrastination. En attaquer la descente. Ou la montée, qui sait.

Alors, le lyre, ou la luth ?

Rêvolution

Je rêve et j’ai envie que tout se réalise
Je laisse mes pensées errer sur le décor
J’embrasse de mes vœux les faibles et les forts
Et aimerais glisser la joie dans leurs valises

Je rêve et les attentes attention s’éternisent
Nous remettons souvent, procrastinons encor
Notre temps est d’argent et nos idées sont d’or
Allons cueillir l’envie qui toujours les aiguise

Des rêves, des idées, c’est du pareil au même
Le soleil va cogner aussi fort que l’on aime
Autant tous se croiser sans se cogner dessus

La bienveillance aussi inondera les rues
N’enfouissons pas nos rêves aux pieds des chrysanthèmes
Et donnons à chacun la chance d’être é-mû.

Key êtes-vous ?

Écrit en bonus d’un atelier d’écriture en ligne. Une amie avait eu la bonne idée de nous donner comme source d’inspiration 4-5 annonces incongrues piochées sur leboncoin, à développer à l’envi. Je m’étais amusée à promouvoir la vente de lapins sauvages. Mais il y avait aussi, sous mes yeux ébahis, cette authentique clé de coffre-fort, mise en vente pour 200 €.

« La voici, la clé de coffre-fort. 200 €. Oui, la clé, pas le coffre-fort. C’est qu’elle date probablement du 17ème siècle. Comment je le sais ? Ben je l’ai toujours vue. Non, je date pas du 17ème siècle. Mais quand même, j’imagine qu’elle était là avant moi. Et avant mes parents, qui n’ont jamais su d’où elle sortait. Et avant mes grands-parents, à qui ça dit vaguement quelque chose mais qui ne peuvent plus m’en apprendre davantage, vous vous doutez bien. Écoutez madame, si on l’a toujours vue, c’est qu’elle y a probablement toujours été. Après tout, je dis 17ème mais ça pourrait être 13ème, auquel cas vous feriez une encore meilleure affaire !

Pourquoi vous soufflez en levant les yeux au ciel comme ça ? Où je l’ai trouvée ? Dans un tiroir, pardi. Oh, un bête tiroir à bordel, avec des bouchons en liège, des élastiques cassés, trois vis, et tout un tas de clés, vous savez, un de ces tiroirs qui servent à rien et qu’on vide une fois par lustre. Hé oui madame, j’ai dit lustre, la période de cinq ans, je suis peut-être pas contrôleuse-antiquaire, mais moi aussi j’ai des lettres et un peu de latin, vous savez. Ah vous êtes historienne ? Bon ben alea jacta est, hein, si vous êtes venue c’est bien qu’elle vous intéressait, cette clé, non ? Bon…

Est-ce qu’il y avait d’autres vieux trucs dans le tiroir ? Ben en tout cas il y avait plein de clés, dont celle là. Elle est jolie, hein ? Clairement, elle se détachait des autres. Des vieux doubles de voiture, des clés de cadenas, des trucs tout rouillés. Y a des vieux qui gardent vraiment n’importe quoi. Mais là, franchement, c’est du bel ouvrage, non ? Sûr que c’est une jolie pièce de collection. Vous voulez savoir dans quel type de tiroir ? Vous êtes de la Gestapo, ou quoi ? Un buffet de formica beige, années 70… Oui non clairement, ça va pas vous aider. Écoutez si je savais en quoi elle était faite, de quand elle datait, ce qu’elle ouvrait à l’époque, tout ça tout ça, vous vous doutez bien que j’aurais pas mis une annonce sur le bon coin.

Mais pourquoi j’ai fait ça ? Ben parce que je me disais que peut-être les gens intéressés allaient m’apprendre quelque chose dessus. Sur le passé de ma famille, si avec cette indice on pouvait savoir s’il y avait eu des riches, ou des nobles, je sais pas. C’est que ça me plairait bien, à moi, de me dire que je suis pas fils de bouseux archi petit-fils de bouseuse. Y a pas de mal ? Ben j’aimerais vous y voir, si j’en suis à essayer de revendre des trésors familiaux c’est que bon… C’est pas festival non plus, hein, et puis y a pas de mal à faire rêver, un peu. Oui c’est pour les deux raisons, cette annonce : rentrer des sous en vendant de jolis rêves, et on sait jamais, apprendre des trucs sur cette fichue clé qui m’a toujours turlupiné parce qu’elle collait pas avec le cadre, et que j’ai jamais retrouvé ce qu’elle pouvait ouvrir, même en retournant la maison. Voilà.

Comment ça, les clients sont pas là pour ça ? Il me faudrait plutôt un psycho-généalogiste ? Oh s’il vous plait, cessez vos sarcasmes, et je le paie avec quoi votre psycho-machinchose, s’il vous plait ? Oui ben voilà, on y revient. 4 séances à 50 €, bingo.
Oh c’est bon madame, j’ai bien compris que vous n’étiez pas intéressés, c’est pas la peine de me faire perdre encore plus de temps. Comment ça c’est la meilleure ? C’est vous qui avez voulu vous déplacer pour la voir, je vous rappelle. Allez basta, j’ai à faire, hein, apparemment c’est pas avec vous que je vais le trouver, mon trésor.

T’façon, j’ai pu envie d’la vendre, cette clé. »

Trez

Voici le dernier numéro (ou pas) de la revue associative que j’avais découvert à travers un concours en 2014, et grâce à laquelle j’ai touché mes premiers droits d’autrice à raison de 26.50 € si mes souvenirs sont bons. C’est modeste, mais un premier contrat signé, un aller-retour de corrections, symboliquement, c’est sympa. FéliCité, le texte retenu sur les 110 reçus figure dans un hors-série non disponible en ligne (tous les lauréats n’étant pas d’accord), mais il est lisible chez la bib partenaire de l’époque.

Par la suite, j’ai participé et fait participer une amie à Lu si… 11. Ce qui m’a valu la fierté de voir mon texte lu par quelqu’une dont je ne connais pas l’identité, ce qui est cool.

Trois petits textes dans un Lu si… Trois p’tits tours et puis s’en vont avec un merci, car c’est preuve que dans cet âpre chemin solitaire qu’est l’écriture, le collectif peut pousser à la plume et faciliter les envols à défauts des envois !